Briser le silence, sauver nos vies : l’urgence psy qui secoue l’Afrique

Une prise de conscience : l’héritage d’un combat
La santé mentale des femmes africaines et afro-descendantes n’est plus une simple thématique de bien-être : c’est une urgence vitale. Longtemps reléguée aux angles morts de la santé globale, elle exige aujourd’hui une attention radicale et une prise en charge sur mesure.

Le décès brutal d’Halima Gadji, actrice sénégalaise et voix infatigable de l’association Mon Mental, a agi comme une onde de choc. Elle a brisé le silence assourdissant qui entoure nos fêlures. Son engagement viscéral nous lègue une responsabilité : celle de maintenir, avec la même ferveur, le dialogue et le combat qu’elle a portés. Dans son documentaire puissant Don’t Call Me Fire, elle abordait avec courage les racines de la dépression et le poids écrasant du body shaming

Si la parole se libère à l’échelle mondiale, nous devons regarder en face nos réalités singulières en Afrique. Être une femme et traverser des problèmes de santé mentale sur le continent aujourd’hui, c’est encore trop souvent se heurter aux remparts des préjugés et à une méconnaissance de la dépression, du burn-out et des maladies mentales en général. Comment démanteler ces freins ? Délions les langues pour bâtir, enfin, une culture du soutien au cœur de nos communautés.

Sortir de l’ombre

Pendant trop longtemps, nos maux ont été étouffés par une prétendue « pudeur », tus par peur du jugement ou par manque de mots pour les nommer. En Afrique, la santé mentale est longtemps silenciée, coincée entre stigmates culturels et la catégorie « priorités médicales d’urgence », dont la santé mentale fut à tort exclue. Sur le continent, la psyché s’aventure aussi aux frontières du sacré. Là, les troubles de l’âme se lisent comme des énigmes mystiques : entre sorts et possessions, on confie sa guérison aux mains des marabouts, des tradipraticien·ne·s, pasteur·e·s,ou imams. Pourtant, le changement est en marche. Une détabouisation portée par des femmes qui revendiquent que le bien-être n’est pas un privilège occidental, mais un droit fondamental.

Stop aux stéréotypes de la « Superwoman »

Le joug du patriarcat pèse toujours. Dès l’enfance, la société a tendance à imposer aux jeunes filles un rôle prédéfini : celui de « pilier » du foyer. On les pousse parfois à gérer la maison, à prendre soin des plus jeunes, des plus âgé·e·s et des hommes. Même si les mentalités évoluent, ces injonctions sociétales agissent encore comme un carcan. Ces stéréotypes faussent la perception de la santé mentale.

Trop souvent, les femmes africaines restent enfermées dans ce mythe de la « Superwoman » inépuisable. Elles sont prises au piège sous les étiquettes de « femme forte » et d’« ultra-résiliente ». Résultat ? Leurs propres besoins s’effacent. Le stress chronique et l’anxiété deviennent invisibles. Pour beaucoup, avouer un épuisement ou une dépression est quasi impensable. Elles redoutent le jugement et craignent d’être perçues comme ingrates, cette culpabilité de souffrir malgré les sacrifices des aîné·e·s, ou d’être taxées de capricieuses, comme si leur douleur n’était qu’une simple humeur. Derrière les étiquettes de « paresseuse » ou de « faiblarde », c’est le mythe de la « femme forte », censée tout porter sans jamais flancher, qui finit par étouffer leur détresse.

Décoloniser notre perception de la santé mentale

Une urgence ? Oui, car prendre soin de sa psyché sur un continent qui a traversé tant de traumatismes historiques est un acte de réappropriation de soi. Une solution ultime : la prise en charge thérapeutique ? Forcément, car chaque accompagnement médical adapté, chaque thérapie entamée, chaque parole libérée est une voie vers la guérison à la fois individuelle et collective, qui répare aussi les générations futures.

Nous voyons émerger une nouvelle ère :

  • La fin de la honte : Des cercles de parole aux applications de thérapie en ligne, la jeunesse africaine redéfinit le « courage ». Ce n’est plus l’endurance aveugle, c’est l’écoute de soi.
  • L’alliance des savoirs : Loin d’opposer « modernité » et « tradition », les nouvelles initiatives intègrent la solidarité communautaire africaine aux approches cliniques.
  • La santé mentale comme moteur : Une société qui guérit est une société qui crée, qui innove et qui s’aime.

La face cachée : ces défis qui fragmentent le bien-être des femmes

Face aux attentes étouffantes et aux pressions sociales du quotidien, les femmes se heurtent à des obstacles spécifiques qui agissent comme de véritables verrous :

  1. Le poids des discriminations de genre : Le sexisme est une violence insidieuse. Il engendre des agressions croisées, un stress chronique et des traumatismes profonds.
  2. L’accès limité, voire inexistant, à des soins adaptés : Sur le continent, accéder à des structures de santé mentale spécialisées demeure un défi majeur. Les services « classiques » manquent parfois de ressources et d’expertise.
  3. Le piège de l’isolement social : Dans une société qui exige des femmes un courage à outrance, la solitude devient le terreau où s’enracinent et s’aggravent les troubles mentaux.

Un dialogue ouvert s’impose

Libérer la parole et créer des espaces d’échange est primordial. C’est le seul moyen de briser les stigmates autour de cette problématique sociétale collective. En Afrique francophone, peu de personnalités s’expriment sur ce sujet. Seule Halima Gadji menait ce plaidoyer avec ferveur.

Aux États-Unis, des figures comme Alicia Keys, Taraji P. Henson ou Michelle Obama ont partagé leurs expériences personnelles pour normaliser ces conversations. La santé mentale est une problématique communautaire, et non une somme de cas isolés. Notre devoir de prise en charge est collectif.

Vers une santé communautaire : nos leviers de changement

Chaque geste compte pour bâtir des communautés plus fortes :

  • Redéfinir le soin : Le soutien psychologique n’est pas réservé aux crises. C’est un outil de prévention précieux.
  • Exiger la visibilité : Veillez à une représentation des femmes dans chaque campagne de sensibilisation pour déboulonner le mythe de la femme « inépuisable ».

Si vous hésitez encore à franchir le pas, souvenez-vous :

  • C’est un acte de courage : Solliciter de l’aide est une preuve de force et jamais de faiblesse !
  • Votre jardin secret est protégé : Des règles de confidentialité rigoureuses sécurisent vos échanges avec les professionnel·le·s : psychothérapeutes, psychologues, psychiatres.

Un appel à la sororité`

À toutes celles qui se sentent épuisées par le poids des attentes sociales et des silences imposés : votre vulnérabilité est votre boussole. Il est temps de guérir nos territoires intérieurs avec la même ferveur que nous bâtissons nos carrières et nos familles. Parce que l’Afrique a tant besoin d’une santé mentale au féminin !

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Yvoire de Rosen

Rédactrice ELLE Côte d'Ivoire. Anthroposociologue, conférencière & coache internationale. Voyageuse dans l’âme, les pieds entre l’Europe et l’Afrique! Je fais bouger les lignes en faveur de l'empowerment, du bien-être, de la sororité des femmes et du lifestyle!

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