Entrer chez Harrods marque un tournant dans la trajectoire d’une marque. Pour la maison Christie Brown, cette présence au sein de l’un des grands temples du luxe mondial dépasse la simple distribution : elle incarne une nouvelle manière de se positionner sur la scène internationale.
À travers une esthétique qui mêle héritage ghanéen et modernité, la créatrice Aisha Ayensu construit depuis plusieurs années une vision singulière du luxe africain. À l’occasion de cette nouvelle étape, elle revient sur l’évolution de sa marque, son rapport à l’artisanat et la femme qu’elle habille aujourd’hui.
« Cela reste un peu irréel… »
Christie Brown est désormais présente chez Harrods. Qu’est-ce que cela change pour votre vision de la marque ?
Cela reste un peu irréel, pour être honnête. Je me souviens d’y être allée il y a des années, fascinée par l’histoire et l’énergie du lieu. Aujourd’hui, y voir Christie Brown est profondément spécial. Mais au-delà de l’émotion, cela change notre manière de penser. Cela impose un autre niveau de discipline et de constance. Quand votre travail se retrouve dans un tel espace, il ne s’agit plus seulement de vous, mais de la façon dont vous vous positionnez aux côtés des meilleurs au monde. Et ce que cela représente pour la mode africaine est tout aussi important. C’est un rappel discret mais puissant que nous avons notre place dans cette conversation globale. Et je crois que ce qui me passionne le plus, c’est ce que cela représente pour la mode africaine. C’est un rappel discret mais puissant que nous avons toute notre place dans ces espaces, en tant que contributeurs au dialogue mondial du luxe.


« Je ne veux pas figer la tradition »
Votre signature repose sur un équilibre entre héritage ghanéen et modernité. Comment faites-vous en sorte que l’artisanat traditionnel reste actuel et indispensable (« must-have ») pour un public mondial aujourd’hui ?
Je ne suis pas intéressée par une tradition enfermée dans un musée. Je veux la laisser respirer. Pour moi, l’héritage n’est pas quelque chose que l’on copie. C’est quelque chose que l’on interprète. Je peux partir d’un textile, d’une technique ou même d’une sensation, puis me demander comment une femme souhaite le porter aujourd’hui. Parfois, c’est dans la coupe. Parfois, c’est dans la sobriété. Parfois, c’est dans la façon dont le vêtement bouge sur le corps.
Nous ne cherchons pas à prouver d’où nous venons. Nous créons d’abord des pièces désirables. L’héritage est là, mais il ne crie pas, il se ressent.
« Le talent ouvre les portes, la structure permet de rester »
Qu’avez-vous appris en développant une maison de luxe depuis l’Afrique vers l’international ?
Le talent ouvre les portes, mais la structure permet de rester dans la pièce. Au début, tout était très instinctif. Mais en grandissant, on comprend qu’il faut des systèmes, de la clarté, une manière de travailler qui peut être reproduite sans perdre l’essence créative. Et il y a aussi un travail intérieur. Le monde essaiera toujours de vous mettre dans une case. Il faut décider soi-même comment on se définit.
« La marque, ce sont aussi les personnes qui la créent»
Comment maintenez-vous votre lien avec l’artisanat local en vous développant à l’international ?
C’est essentiel pour moi. Christie Brown n’a jamais été uniquement une question de vêtements. C’est une histoire de personnes. Notre atelier de Korle Gonnor à Accra est le cœur de la marque. Ainsi, à mesure que nous grandissons,, je fais très attention à ne pas perdre ce lien. Cela passe par l’investissement dans nos équipes, par la mise en place de structures qui valorisent leur travail. Je veux que la cliente ressente ce savoir-faire, mais aussi que ceux qui créent ces pièces se sentent reconnus.


« La femme Christie Brown, c’est une présence »
Comment définiriez-vous la femme Christie Brown aujourd’hui ?
J’adore cette question! Si je devais la résumer en un mot… ce serait la PRÉSENCE. Ce n’est pas forcément la femme la plus bruyante dans une pièce, mais on la remarque. Il y a une forme de confiance, de clarté dans ce qu’elle est. Elle est intentionnelle. Féminine, mais pas fragile. Elle comprend que ce qu’elle porte est une manière de s’exprimer sans parler.
Une vision en mouvement
Avec cette nouvelle étape, Christie Brown entre dans une phase plus introspective, explorant une féminité plus douce, mais toujours affirmée. Une évolution qui s’accompagne également d’une expansion vers de nouveaux territoires et expériences. Plus qu’une marque, la maison continue de construire un langage : celui d’un luxe africain contemporain, sensible et pleinement inscrit dans son époque.
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