Mars revient chaque année avec son lot de discours sur les femmes inspirantes, puissantes, exceptionnelles. Nous les célébrons à juste titre. Nous mettons en lumière celles qui réussissent, celles qui brisent les plafonds de verre, et celles qui ouvrent la voie.
Mais une question se pose.
À force de ne montrer que des femmes extraordinaires, n’avons-nous pas créé une nouvelle pression ?
Aujourd’hui, être une femme ne suffit plus. Il faudrait être brillante, résiliente, audacieuse, leader, ou visionnaire. Il faudrait réussir sa carrière, son couple, sa maternité, son image, sa santé mentale. Et tout cela avec grâce. Cette exigence permanente est devenue une norme silencieuse.
Je la vois chez les jeunes femmes que nous mettons en avant. Je la ressens parfois moi-même. Cette impression qu’il faut toujours prouver davantage, travailler plus, faire mieux, ne jamais décevoir, ou être irréprochable pour mériter sa place. Mais l’émancipation ne devrait pas se transformer en performance.
Ce mois de mars ne devrait pas seulement être un moment de célébration. Il devrait être un espace de lucidité. Oui, il faut continuer à revendiquer des droits, à exiger une représentation équitable, à dénoncer les inégalités persistantes. Mais il faut aussi interroger la manière dont nous définissons la réussite féminine. Si elle devient un standard inaccessible, elle risque de décourager celles qu’elle était censée inspirer.
ELLE Afrique francophone a pour mission de raconter les femmes dans toute leur complexité. Pas seulement les icônes. Pas seulement les trajectoires spectaculaires. Mais aussi les parcours en construction, les hésitations, les reconversions et les recommencements. Mars ne doit pas être un mois où l’on exige davantage des femmes. Il doit être un moment où l’on élargit l’espace. L’espace pour réussir, mais aussi l’espace pour être simplement soi.

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