À l’occasion du lancement au Gabon de la campagne Building Resilience for Women and Girls in the Face of Climate Change and Conflict de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique pour le Développement (OPDAD), Madame Zita Oligui Nguema revient sur les priorités mises en place à l’échelle nationale à travers le programme ÉQUILIBRES 2026–2029. Une action qui s’attache à mieux accompagner les femmes et les familles face aux situations de vulnérabilité.
Madame la Première Dame, quels changements souhaitez-vous voir émerger d’ici 2027 ?
D’ici 2027, je souhaite que nous engagions une évolution profonde, à la fois dans notre manière de comprendre les vulnérabilités et dans notre manière d’y répondre. Les défis auxquels les femmes et les familles sont confrontées aujourd’hui ne relèvent pas uniquement de situations isolées. Ils révèlent des déséquilibres plus larges, qui appellent des réponses structurées, durables et adaptées à nos contextes.
C’est dans cet esprit que le Gabon prend part à la campagne de l’OPDAD. Nous avons fait le choix de ne pas agir uniquement dans l’urgence, mais de préserver ce qui fait la stabilité de nos sociétés : les équilibres humains. Cela signifie concrètement moins de ruptures dans les parcours de vie, moins de situations où une difficulté devient irréversible, et davantage de suivi pour les femmes et les familles.

À travers le programme ÉQUILIBRES, nous intervenons sur ce qui fragilise les trajectoires, avant que ces fragilités ne deviennent des fractures. Mon ambition est claire : permettre à chaque femme, à chaque jeune fille, de rester dans son parcours de vie, même en situation de vulnérabilité.
Pourquoi les femmes et les filles sont-elles aujourd’hui particulièrement exposées aux conséquences du changement climatique et des conflits en Afrique ?
Parce qu’elles occupent une place centrale dans l’organisation de nos sociétés. Dans de nombreux contextes, ce sont elles qui assurent une forme de stabilité, au sein des familles comme dans la vie économique et sociale.
Lorsque des chocs surviennent, qu’ils soient climatiques, économiques ou sociaux, ce sont souvent elles qui en absorbent les premiers effets. Cette responsabilité n’est pas toujours accompagnée par des dispositifs suffisamment solides.
Renforcer les femmes et les jeunes filles, ce n’est pas répondre à une difficulté isolée. C’est agir sur l’ensemble du tissu social.


Vous portez le programme ÉQUILIBRES 2026–2029. Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce que ce programme change dans la vie d’une femme aujourd’hui ?
Je pense à une jeune fille que nous pourrions toutes reconnaître. Elle a 17 ans et grandit dans un environnement où certaines fragilités ne sont pas toujours exprimées. À un moment de son parcours, elle traverse une épreuve difficile, qu’elle ne parvient pas à formuler. Ce silence s’installe progressivement, puis se transforme en repli. Peu à peu, elle s’éloigne de ses repères, et sa famille perçoit ce changement sans toujours en comprendre l’origine.
C’est précisément ce type de trajectoire que nous refusons désormais de laisser évoluer sans réponse. Avec le programme ÉQUILIBRES, nous intervenons dans la durée, avec méthode : faciliter l’écoute et la détection précoce, assurer un accompagnement adapté, et permettre un retour progressif vers un équilibre de vie. Notre principe est simple : ne pas attendre la rupture pour agir.



Quelles réalités observées sur le terrain ont le plus influencé la conception de ce programme, et quelles populations sont aujourd’hui prioritaires ?
Ce programme est né du terrain. Avant de structurer, j’ai voulu écouter. La tournée Résilience 241 nous a permis d’aller à la rencontre des femmes, dans leurs réalités quotidiennes. Elles ont exprimé des difficultés d’accès aux soins, des vulnérabilités sociales, des charges invisibles, mais aussi des formes de solidarité déjà existantes. À partir de ces échanges, il est apparu nécessaire de construire des réponses qui tiennent compte de ces situations concrètes. Les priorités sont aujourd’hui bien identifiées : les femmes en situation de vulnérabilité, les jeunes filles exposées à des ruptures dans leur parcours, et les familles fragilisées.
Pourquoi avoir choisi de faire de la santé un point d’entrée central dans votre action, et comment travaillez-vous avec les institutions pour inscrire ces initiatives dans la durée ?
Parce que la santé conditionne l’ensemble des équilibres. Lorsqu’un parcours de soins se fragilise, ce ne sont pas uniquement des individus qui sont concernés, mais des familles entières. La santé ne peut pas être considérée comme un domaine isolé. Elle joue un rôle central dans la stabilité des trajectoires. C’est pour cette raison que nous avons fait ce choix, en veillant à travailler en complémentarité avec les dispositifs publics existants, avec une exigence de cohérence dans le temps.

Dans les 12 prochains mois, quel premier résultat concret permettra de mesurer l’impact du programme ÉQUILIBRES ?
Le Centre de Nkok constitue une étape importante. Sa construction est en cours, mais un travail de fond est déjà engagé. Nous travaillons avec des professionnels de santé, des experts et des acteurs de terrain afin de définir une méthode de prise en charge adaptée à notre contexte. Dans les prochains mois, l’objectif sera de mettre en place un cadre opérationnel solide, capable d’accompagner les premières trajectoires. Il ne s’agit pas uniquement de construire une infrastructure, mais de mettre en place une méthode durable.
En tant que média engagé à l’échelle de l’Afrique francophone à travers Think Tank Nanan, nous portons également des initiatives en faveur des femmes, de la santé et de l’environnement. Selon vous, comment des acteurs comme les nôtres peuvent-ils contribuer, de manière concrète et pertinente, à amplifier et prolonger ce type d’actions à l’échelle du continent ?
Votre rôle est déterminant. Vous ne relayez pas seulement des actions, vous contribuez à structurer la compréhension. Votre contribution peut être concrète à plusieurs niveaux : rendre visibles certaines situations sans les simplifier, valoriser les solutions et créer des liens entre les initiatives locales et les dynamiques à l’échelle du continent. Ce que nous mettons en place demande de la continuité. Il s’agit d’inscrire ces sujets dans le temps, avec cohérence.
Au fil de cet échange, une direction se dessine, avec la nécessité d’intervenir plus tôt, tout en accompagnant sans rupture et en proposant des réponses adaptées aux situations vécues. Le programme ÉQUILIBRES met en place ce travail en se concentrant sur les parcours des femmes et des jeunes filles, et ouvre une perspective appelée à se développer dans les années à venir.


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