L’influence de l’Afrique dans le vocabulaire quotidien

La langue française est une langue vivante en constante évolution. On ne s’exprime plus de la même manière qu’il y’a 20 ans, n’en déplaise aux fervents défenseurs traditionnels. De nouveaux mots voient le jour, influencés par les pays d’Afrique et s’implantent dans le paysage quotidien. On s’approprie le français, c’est une idiome qui se diffuse et se diversifie. Mais de quelle manière ces adaptations venues d’un autre continent s’imposent en France ?

Une langue mondiale, portée par l’Afrique

Aujourd’hui, le français n’est plus seulement une langue européenne. Selon les données de la francophonie, il est parlé par environ 396 millions de locuteurs dans le monde. Ce qui en fait la 5e langue la plus parlée au monde, et même la 4e selon certaines estimations en 2026.

Mais surtout, la dynamique démographique change profondément son centre de gravité. Environ 65 % des francophones vivent aujourd’hui en Afrique. Et selon les projections, ils pourraient représenter près de 85 % des francophones en 2050. Ces chiffres s’expliquent par la croissance démographique du continent africain, mais aussi par l’histoire. Le français a été imposé dans de nombreux pays africains par le biais du colonialisme. Aujourd’hui encore, il demeure une langue officielle ou de travail dans de nombreux États, tout en étant profondément réapproprié par les populations locales.

Par exemple, lors d’un échange ordinaire avec un québécois, il parle assurément en français mais il n’est pas dit que vous compreniez l’ensemble de ses expressions.

Le nouchi : une fabrication hybride

À Abidjan, en Côte d’Ivoire, une forme linguistique particulièrement créative illustre cette appropriation : le nouchi. Né dans les quartiers populaires dans les années 1980, ce parler mélange français, langues locales et inventions issues de la rue. Le nouchi est aujourd’hui devenu un véritable laboratoire linguistique.

Certains de ses mots ont même intégré des dictionnaires de référence comme le Le Petit Robert ou le Le Petit Larousse en 2017 : on pense notamment à « s’enjailler », « boucantier », « brouteur » ou encore « go ». Ce phénomène montre que le français africain ne reste pas local : il circule, s’exporte et influence directement le français parlé en France.

Musique, rap et réseaux sociaux : les accélérateurs du langage

La diffusion de ces mots s’explique en grande partie par la musique, et notamment le rap et les cultures urbaines.

Dans les années 1990, des expressions issues de l’arabe dialectal, du verlan ou des banlieues ont déjà commencé à entrer dans le langage courant, comme « wesh », popularisé par la culture hip-hop et intégré au Le Petit Robert en 2009.

Aujourd’hui, le phénomène s’est amplifié avec les réseaux sociaux. TikTok, Instagram et les plateformes vidéo accélèrent la circulation des mots. Selon l’Observatoire des pratiques numériques (2024), près de 78 % des jeunes adoptent des expressions issues d’Internet. Le rap français joue également un rôle central dans cette diffusion. Des artistes comme Ninho ou Gims utilisent et popularisent des expressions issues de multiples origines linguistiques, et contribuent à leur diffusion massive.

Aya Nakamura et la reconnaissance d’un français pluriel

La reconnaissance de ce français métissé s’est aussi illustrée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, où la chanteuse Aya Nakamura s’est produite devant des millions de spectateurs. Ses chansons mêlent verlan, expressions issues des langues africaines et argot contemporain, reflétant un français pluriel, vivant, loin d’être figé.

La présence de Aya Nakamura, artiste franco-malienne, lors de la cérémonie d’ouverture à fait beaucoup polémique. Pour cause, beaucoup trouvaient que ses chansons n’étaient pas en français et n’avaient donc pas leur place à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. À noter qu’Aya Nakamura est l’artiste francophone la plus écoutée au monde, ce qui contribue à diffuser, à une échelle mondiale, ce nouveau vocabulaire. Elle met en avant fièrement cette double culture par le biais de ses chansons.

Par exemple « Djadja » veut dire « un menteur » en bambara malien.

Qui de mieux donc, que la « reine de France » pour illustrer cette influence dans le vocabulaire français?

Des mots du quotidien venus d’ailleurs

Dans les conversations quotidiennes, ces influences sont devenues omniprésentes. Certains mots sont désormais utilisés sans que leur origine soit toujours connue.

« Pain » et « goumin »

Issu du nouchi ivoirien, le mot « pain » ne désigne pas la baguette mais une personne attirante.
Le concept a été décliné et adapté sur les réseaux, plusieurs « pains » deviennent une « boulangerie », et le « pain brioché » représente la personne la plus attirante.

Le mot « goumin », lui aussi issu du nouchi, désigne une peine de cœur, une tristesse amoureuse ou une nostalgie.

Par exemple :

  • « l’été dernier au Brésil, c’était vraiment incroyable comme voyage, je suis vraiment en goumin »
  • « Ça fait 3 semaines que c’est fini entre lui et moi je suis en goumin »

Il y’a d’autres termes comme le mot « s’ambiancer », originaire d’Afrique de l’Ouest, que l’on utilise pour dire faire la fête, danser ou encore profiter de l’ambiance ou encore une « go » pour dire une fille.

Certains mots du quotidien sont d’origine arabe : « la hess » qui désigne une situation de galère, souvent financière ou sociale. Ou très répandu avec une origine méconnu, le mot « seum » exprime la frustration ou la déception. Le terme est aujourd’hui intégré au Le Petit Robert. Ces mots apparaissent dans les morceaux de rap et dans les échanges du quotidien, jusqu’à devenir des marqueurs générationnels.

Une langue en mouvement permanent

Ces expressions, issues d’un métissage culturel assumé entre l’Afrique, les banlieues, les réseaux sociaux et la musique, témoignent d’une langue française en constante transformation. Comprendre le langage d’une époque, c’est aussi comprendre la manière dont une génération s’exprime, pense et communique.

Aujourd’hui, l’influence des langues africaines dans le français ne relève plus seulement de l’histoire coloniale ou de la géographie. Elle s’inscrit dans la vie quotidienne, la musique, les réseaux sociaux et la culture globale.

Une langue qui évolue, c’est une langue qui vit et le français en est l’exemple le plus parlant. A vos dictionnaires, mettez vous à jour.

À lire aussi : Le terme ivoirien « Goumin » s’empare d’Hollywood

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