Le dating chez les femmes noires : être désirée ou fantasmée ?

Le premier date avec un inconnu, un échange le temps d’une soirée, un flirt prolongé, une rencontre ou simplement une relation. Tout ceci englobe le terme dating au sens large. Les relations entre humains ont leur lots de complications, mais pour certaines la tâche est d’autant plus semée d’embûche car le facteur couleur entre en jeu et soulève des problématiques différentes. 

Le début du dating

Vous souvenez-vous de votre premier petit « crush », de la première attirance que vous avez ressentie pour une personne, avec cette envie que ça soit réciproque. Cette volonté que la personne vous trouve belle, veuille jouer avec vous dans la cours de récréation. Cette innocence propre à l’enfance. À un âge où on veut juste s’amuser, d’autres ont pu faire face à une réalité bien différente. « Non tu ne peux pas être mon amoureuse car tu as la couleur du caca ». Une phrase qui peut sembler anodine pour la personne qui la prononce, mais qui peut marquer le début des difficultés rencontrées par une femme noire dans le dating. 

En primaire, au collège, ou au lycée, tout dépend du lieu dans lequel on grandit. Certaines grandissent dans des environnements très mixtes, mais dans de nombreux cas, on évolue dans les espaces où l’on est minoritaire en tant femme noire. On apprend très jeune qu’on ne répond pas au standards de beauté imposés par la société. Moins d’intérêt pour toi, tu n’es pas le choix numéro un. Tu reçois des compliments du type : «  tu es belle pour une noire » 

Tout ceci continue à l’âge adulte et peut-être plus violent et difficile à mesure qu’on grandit et se crée des expériences relationnelles plus matures et intenses. Bien loin des simples phrases prononcées par un enfant dans la cours de récréation, il y’ a une objectification, des clichés assimilés, des désirs projetés. Cette personne est-elle attirée par ce que je suis réellement ou par ce que je représente dans son imaginaire et son image pré-conçue ? Ai-je de la valeur ? 

Être désirée ou être fantasmée ?

Ces interrogations peuvent sembler anodines pour celles et ceux qui n’y ont jamais été confrontés. Pourtant, elles accompagnent de nombreuses femmes noires dans leurs premières expériences amoureuses. Là où certaines se demandent simplement : « Est-ce que je vais lui plaire ? », d’autres ajoutent une deuxième question : « Est-ce qu’il aime les femmes noires ? Ou suis-je simplement une expérience pour lui ? »

Pendant longtemps, les femmes noires ont été très peu représentées dans les histoires d’amour. Chez Disney, il faudra attendre La Princesse et la Grenouille pour voir apparaître la première princesse noire. La représentation participe à la manière dont on construit son imaginaire amoureux et dont on se sent légitime d’être aimée.

Certaines personnes développent une attirance qui repose davantage sur des clichés que sur la personne elle-même. On parle alors de négrophilie : une attirance basée sur des fantasmes liés à la couleur de peau.

La femme noire est sexualisée, exotisée. Elle est perçue comme sauvage, avec des formes généreuses, passionnée. Son corps devient un objet de désir, mais pas toujours celui d’une partenaire avec qui construire une relation.

Le paradoxe est frappant : certains attributs physiques sont valorisés lorsqu’ils sont portés par des femmes blanches ou métisses, mais beaucoup moins lorsqu’ils appartiennent à une femme noire.

Le poids des stéréotypes et du colorisme

À cela s’ajoute le colorisme, où la proximité avec la blancheur continue d’être valorisée dans les standards de beauté. Les femmes métisses peuvent ainsi être perçues différemment des femmes à la peau plus foncée. Mais elles sont elles aussi enfermées dans des stéréotypes : vues comme exotiques, manipulatrices ou mystérieuses. Les femmes noires, elles, continuent d’être associées à des clichés anciens : trop agressives, trop bruyantes, trop masculines ou, à l’inverse, hypersexualisées.

Ces représentations influencent également les relations amoureuses. Le rejet des femmes noires peut parfois venir d’hommes noirs eux-mêmes. Sans en faire une généralité, certaines femmes racontent avoir été confrontées à des discours où la blancheur semblait davantage valorisée. Un système qui, pendant longtemps, a appris à ne pas aimer ce qui était noir finit parfois par influencer les choix amoureux.

Deux femmes, deux expériences

Pour comprendre comment ces représentations se traduisent dans la réalité, j’ai échangé avec deux jeunes femmes : Cécile, une femme métisse de 28 ans vivant à Rennes et Diane une femme noire de 25 ans qui vit à Paris. Deux parcours différents, mais des interrogations qui se rejoignent.

« J’avais l’impression d’être la touche culturelle de la relation »

À 28 ans, Cécile explique que ce qui lui a le plus manqué dans ses relations, c’est le fait d’être appréciée pour ce qu’elle est. Très vite, les garçons qu’elle rencontrait faisaient un focus sur son physique. Ses formes revenaient régulièrement dans les discussions, parfois avant même que sa personnalité ne soit réellement découverte.

Au fil de ses rencontres, un autre sentiment s’est installé : celui d’être la « touche culturelle » de la relation. Elle raconte avoir souvent dû expliquer certaines réalités liées au racisme ou rappeler pourquoi certaines remarques pouvaient être blessantes.

« J’avais l’impression de devoir éduquer, expliquer ce qu’il ne fallait pas dire ou faire. »

Être métisse ne l’a pas non plus protégée des stéréotypes. Elle explique que les femmes métisses sont souvent perçues comme des femmes « exotiques », parfois même comme des créatures fantasmées. Le colorisme influence également le regard porté sur elles. Selon le physique que l’on a, le rapport au dating peut être très différent. Elle rappelle aussi qu’on lui renvoie régulièrement qu’elle ne peut pas appartenir pleinement à ses deux cultures.

Elle constate malgré tout une évolution positive : les femmes noires et métisses sont aujourd’hui davantage représentées dans les médias et la culture populaire, même si cette représentation reste encore imparfaite.

Diane : « Est-ce qu’il s’intéressait à moi ou à ma couleur de peau ? »

L’une de ses expériences amoureuses l’a profondément marquée. Son ancien partenaire lui parlait régulièrement de ses anciennes relations, laissant entendre qu’il avait principalement fréquenté des femmes noires. Il répétait surtout vouloir absolument construire sa vie avec une femme noire.
Sur le moment, cette phrase pouvait sembler flatteuse. Pourtant, elle a rapidement éveillé un malaise.

« Je me demandais si son intérêt était vraiment pour moi, ou simplement parce que j’étais une femme noire. »
Depuis, cette question revient souvent lorsqu’elle rencontre quelqu’un. Elle explique ressentir régulièrement une forme de négrophilie.

« J’ai déjà eu l’impression d’être la première femme noire de quelqu’un, d’être une expérience exotique. » À cela s’ajoutent des stéréotypes qui reviennent constamment : être forcément bonne au lit, avoir de grosses fesses, savoir cuisiner ou encore être plus « sauvage » qu’une autre femme.
Très rapidement, certaines conversations dérivent aussi vers sa famille.

« On me demande souvent si ma famille accepterait que je sois avec une personne blanche, comme si le conflit était forcément inévitable. » Pour Diane, il existe aujourd’hui un critère indispensable dans une relation. Son partenaire doit être capable de prendre son parti lorsqu’elle subit une situation raciste. « Je n’attends pas qu’il comprenne tout. J’attends qu’il m’écoute et qu’il ne me fasse pas passer pour quelqu’un qui exagère. »

Elle fréquente majoritairement des hommes blancs et sait qu’ils ne pourront jamais vivre exactement les mêmes réalités. Mais elle estime qu’ils peuvent faire preuve d’écoute et de soutien.
De son point de vue, les histoires d’amour mettant en scène des femmes noires restent rares. Et lorsqu’elles existent, elles sont souvent associées à la souffrance ou à des relations compliquées.

À force de vivre des expériences où elle se sentait réduite à un corps ou à un fantasme, Diane explique avoir pris ses distances avec le dating.


« J’avais besoin de me protéger. Je voulais être certaine qu’on s’intéresse à moi en tant que personne, pas seulement en tant que femme noire. »

À lire aussi : L’histoire des tresses africaines

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