De Paris à Cape Town, en passant par Londres, Lagos et Dakar, la saison qui s’ouvre dessine une cartographie mouvante de la création africaine contemporaine. Une grande exposition muséale qui traverse presque toute la période, des foires qui se multiplient sur trois continents, des biennales, des ouvertures de musées, et plusieurs stands qui remettent le modernisme africain au cœur des conversations : rarement un automne-hiver aura autant fait dialoguer le marché et l’institution sur ce terrain. Voici comment la suivre, mois par mois, jusqu’à la fin de la saison.
Le rendez-vous muséal qui porte la saison
Fondation Cartier, Paris / Ibrahim Mahama, « Le Temps des récoltes » (22 octobre 2026 – 28 février 2027)
La toute première grande exposition dans le nouveau bâtiment de la Fondation Cartier est entièrement consacrée à l’artiste ghanéen, entouré de neuf artistes invités parmi lesquels figurent James Barnor, Zohra Opoku et Gideon Appah. Mahama est connu pour ses installations à grande échelle en toile de jute. Matériau chargé de l’histoire commerciale du cacao et du coton en Afrique de l’Ouest. L’artiste a alors construit sa réputation internationale en investissant aussi bien dans les grandes biennales que dans les gares et silos désaffectés de sa ville natale, Tamale, où il a fondé plusieurs espaces d’art indépendants.
Il s’agit de ces mêmes obsessions (la mémoire matérielle, la promesse politique inachevée des indépendances africaines) qui trouvent, pour la première fois à la Fondation Cartier, au cœur de la capitale française, l’espace pour enfin se déployer, à travers des œuvres inédites et des installations emblématiques comme Parliament of Ghosts. Une ampleur inédite en France pour son travail et, sans doute, le rendez-vous institutionnel le plus important de la saison sur ce terrain.

Octobre : Londres et Paris redécouvrent le modernisme africain
- 1-54 Londres / 15-18 octobre, Somerset House
14e édition londonienne de la foire fondée par Touria El Glaoui. Nouveauté marquante cette année : un coup de projecteur inédit sur le modernisme africain à travers l’exposition West Wind, curatée par l’historienne de l’art Dr. Nancy Dantas, aux côtés du programme contemporain habituel. Une trentaine de galeries, venues de Lagos à Beyrouth en passant par Le Caire, Genève et Rome, confirment chaque année un peu plus la vocation mondiale de cette scène.
À ne pas manquer non plus : à quelques minutes de marche, Frieze London (14-18 octobre) consacre l’un de ses stands solo les plus commentés de l’édition au peintre soudanais Ibrahim El-Salahi, figure fondatrice du modernisme africain: la plus importante présentation de son travail jamais montrée à Londres.
- AKAA / 23-25 octobre, Carreau du Temple, Paris
Fondée par Victoria Mann, la foire s’est imposée en plus d’une décennie comme le rendez-vous parisien de référence pour l’art et le design du continent et de ses diasporas. Cette 11e édition met le papier et la photographie à l’honneur, à l’occasion du bicentenaire de la photographie. - Écho parisien de ce qui se joue à Londres : Art Basel Paris se tient exactement aux mêmes dates (23-25 octobre) au Grand Palais, où la Galerie Cécile Fakhoury (Abidjan, Dakar, Paris) consacre un stand entier à Souleymane Keïta, figure majeure de l’abstraction sénégalaise post-indépendance, désormais repositionnée dans les grands récits du modernisme africain.
- Lagos Biennial / 17 octobre au 18 décembre, plusieurs sites, Lagos
Sous la direction artistique de Folakunle Oshun et des commissaires Chinyere Obieze, Furen Dai et Sam Hopkins. Pour sa cinquième édition, la biennale, derrière son titre énigmatique, « The Museum of Things Unseen », interroge ce que les musées choisissent de montrer, mais surtout ce qu’ils choisissent de taire, une question particulièrement chargée dans une ville où le débat sur la restitution des œuvres pillées à l’époque coloniale reste vif.
- Ouverture de l’Àkéte Collection / octobre, Lagos
Nouveau musée d’art moderne et contemporain conçu comme une « archive vivante » du continent : un jalon institutionnel pour la scène lagosienne.

Novembre : l’Afrique de l’Ouest à l’honneur
- Art X Lagos / 5-8 novembre, Federal Palace, Victoria Island
11e édition de la grande foire ouest-africaine fondée par Tokini Peterside-Schwebig.
- Dak’Art / 19 novembre au 19 décembre, Dakar
16e édition de la Biennale de l’art africain contemporain, sous la direction artistique de Morad Montazami, autour du thème « (Anti)fragilité ». La Biennale se tient juste après les Jeux Olympiques de la Jeunesse (31 octobre-13 novembre), confirmant la vocation de Dakar en tant que capitale africaine des arts, de la culture et de la jeunesse cette année. Le OFF, sa programmation parallèle qui essaime dans toute la ville à travers plusieurs centaines d’artistes, fera l’objet d’une sélection dédiée dans nos prochaines pages.
Décembre : la clôture, côté Atlantique
Le mois se referme sur deux temps forts de la saison : la Lagos Biennial le 18, puis Dak’Art le 19.
– Art Basel Miami Beach / 4-6 décembre, Miami Beach Convention Center
De l’autre côté de l’Atlantique, la grande foire généraliste coïncide cette semaine-là avec l’AfriKin Art Fair (29 novembre-6 décembre), entièrement centrée sur l’art africain et ses diasporas : une bonne manière de refermer l’année sur le versant américain de cette géographie.
Février-mars 2027 : la saison repart vers le sud
- Investec Cape Town Art Fair / 19-21 février, CTICC
14e édition de la plus grande foire du continent, avec plus d’une centaine de galeries venues de toute l’Afrique et au-delà, sous le concept curatorial « In Acts of Alchemy ». - 1-54 Marrakech / 18-21 mars, La Mamounia et DaDa Marrakech
Troisième édition annuelle de la foire sur le continent africain, aux côtés de Londres et New York. Elle clôt traditionnellement la saison dans le cadre feutré de la Mamounia, l’un des hôtels historiques de la ville; une belle manière de refermer cette période et d’en initier la suivante.
À suivre aussi
Plusieurs institutions ont une programmation à surveiller de près à l’approche de leurs dates définitives. La Fondation Zinsou (Ouidah/Cotonou), fondée par Marie-Cécile Zinsou et pionnière de l’accès gratuit à l’art contemporain auprès des publics locaux, expose actuellement l’artiste malgache Joël Andrianomearisoa.
Le MACAAL, à Marrakech, aligne traditionnellement sa programmation sur la semaine de 1-54. Et le Zeitz MOCAA, au Cap (le plus grand musée d’art contemporain africain au monde), poursuit sa saison 2025-2026 avec des expositions consacrées à Zohra Opoku et à Cauleen Smith.
D’un bout à l’autre de cette saison, un même mouvement se dessine : celui d’une scène qui réécrit sa place dans les récits de l’art mondial depuis ses propres capitales.
Article rédigé par Tolga Avan
À lire aussi : En 2026, Dakar devient l’une des capitales mondiales de l’art