Octobre Rose : Ces femmes qui font reculer le cancer du sein en Afrique

Chaque mois d’octobre, le monde se pare de rose. Derrière le ruban, une réalité que l’Afrique connaît trop bien. Le cancer du sein est devenu l’un des premiers cancers féminins du continent, et il tue plus qu’ailleurs, moins parce qu’il frappe davantage que parce qu’il est découvert trop tard. Diagnostics tardifs, accès inégal à la radiothérapie, coût des traitements, tabou qui éloigne les femmes du dépistage. Le combat se joue autant dans les salles d’opération que dans les mentalités.

Dans cette bataille, des femmes tiennent la ligne de front. Médecins, chirurgiennes, militantes, bâtisseuses d’institutions. Elles ne font pas la couverture des magazines aussi souvent qu’elles le mériteraient. Ce mois-ci, nous avons choisi de les regarder en face.

Judith Didi-Kouko Coulibaly, l’architecte ivoirienne

En Côte d’Ivoire, un nom revient dès qu’il est question de cancer. Celui de la professeure Judith Didi-Kouko Coulibaly, oncologue radiothérapeute et directrice du Centre national de radiothérapie et d’oncologie médicale, le CNRAO. Elle ne se contente pas de soigner. Elle structure une politique, elle plaide pour que le dépistage et les traitements cessent d’être un privilège, elle répète inlassablement la même phrase simple et vitale : il ne faut pas attendre d’être malade pour se faire dépister. Sous son impulsion, la prise en charge du cancer s’est organisée dans un pays où tout restait à construire.

Fatma Guénoune, la vigie sénégalaise

À Dakar, le docteur Fatma Guénoune préside la Ligue sénégalaise contre le cancer, la LISCA. Le Sénégal enregistre chaque année plus de deux mille deux cents nouveaux cas de cancer du sein, et la LISCA se bat sur deux fronts à la fois, le dépistage précoce et l’accompagnement des malades, souvent avec des moyens qui manquent. Chaque Octobre Rose, sa voix porte la même alerte : détecter tôt, c’est sauver. Derrière le chiffre, des milliers de femmes examinées, orientées, soutenues.

Miriam Mutebi, la voix continentale

Le Kenya a vu grandir la première femme chirurgienne spécialisée dans le cancer du sein du pays, le docteur Miriam Mutebi. Son influence a dépassé les frontières. Elle préside aujourd’hui l’AORTIC, l’Organisation africaine pour la recherche et la formation sur le cancer, la plus grande instance scientifique du continent sur le sujet. Son message est politique autant que médical : la recherche sur les cancers africains doit être menée par l’Afrique, pour des solutions adaptées à ses patientes, et non importées.

Princess Nikky Onyeri, la pionnière nigériane

Au Nigeria, Princess Nikky Onyeri a fait de la sensibilisation une cause populaire. Fondatrice de la Princess Nikky Breast Cancer Foundation, soutenue notamment par la Fondation Gates, elle a porté le dépistage sur les places publiques, dans les médias, jusque sur les plateaux internationaux. Là où le silence tuait, elle a mis des mots, et les mots ont sauvé.

Et au-delà de ces quatre visages

Elles ne sont pas seules. Au Maroc, la princesse Lalla Salma a créé la Fondation Lalla Salma de prévention et traitement des cancers, un engagement salué par l’Organisation mondiale de la santé, qui a durablement transformé la place du cancer dans le débat public marocain. En Guinée-Bissau, le docteur Magda Robalo, ancienne ministre de la Santé publique et figure de la santé mondiale, porte ces enjeux au plus haut niveau. Et en octobre 2024, des femmes africaines influentes ont lancé le Conseil africain du cancer du sein, présidé par l’Algérienne Soraya Mellali, ancienne cadre dirigeante de la Banque africaine de développement, aux côtés notamment de la Sud-Africaine Wendy Cupido. Une génération qui refuse que l’Afrique subisse le cancer, et qui décide de l’affronter avec ses propres armes.

Ce que ces femmes nous disent

Leur combat dépasse la médecine. Il touche à une idée que je défends sans relâche : l’Afrique n’est pas un continent qui attend qu’on la soigne, c’est un continent qui produit ses propres soignantes, ses chercheuses, ses dirigeantes. La santé des femmes est une question de dignité, et la dignité ne se délègue pas.

Alors ce mois-ci, le plus bel hommage que nous puissions leur rendre n’est pas seulement de les nommer. C’est d’agir. Le dépistage précoce reste l’arme la plus efficace contre le cancer du sein.

Parlez-en autour de vous, à vos mères, vos sœurs, vos amies. Prenez rendez-vous. Octobre Rose n’est pas une couleur, c’est un geste.


Sources : CNRAO et interventions publiques de la Pr Judith Didi-Kouko Coulibaly ; Ligue sénégalaise contre le cancer (LISCA), Dr Fatma Guénoune ; AORTIC, Dr Miriam Mutebi ; Princess Nikky Breast Cancer Foundation ; Fondation Lalla Salma de prévention et traitement des cancers ; Conseil africain du cancer du sein (2024). Chiffre Sénégal : plus de 2 220 nouveaux cas de cancer du sein par an, source LISCA via Le Soleil.

Image de Frédérique Nanan

Frédérique Nanan

Journaliste, écrivaine et CEO d'ELLE Afrique francophone, j'explore l'âme des récits pour magnifier la création africaine et révéler la puissance des femmes.

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