L’inclusion financière des femmes au Sénégal n’est plus d’abord une question d’accès. En 2024, 73,6 % des Sénégalaises de 15 ans et plus déclarent détenir un compte, auprès d’une institution financière ou d’un opérateur de monnaie électronique, contre 50,3 % trois ans plus tôt. La donnée vient de la base Global Findex de la Banque mondiale, dont la dernière vague d’enquêtes a été conduite en 2024. Elle déplace le sujet : le verrou n’est plus l’ouverture du compte, il est dans ce que ce compte permet de faire.
De 11,4 % en 2014 à 73,6 % dix ans plus tard
La série est courte et nette. 11,4 % des Sénégalaises déclaraient détenir un compte en 2014, 38,5 % en 2017, 50,3 % en 2021, 73,6 % en 2024. La progression de la dernière vague, 23,3 points en trois ans, est la plus forte de toute la série.
Les hommes progressent aussi : 46,7 % en 2017, 62,3 % en 2021, 79,6 % en 2024. L’écart entre les sexes s’était pourtant creusé entre 2017 et 2021, passant de 8,3 à 12 points. Il est retombé à 6 points en 2024. Le rattrapage ne s’est donc pas fait en continu, il s’est concentré sur le dernier cycle.
Une précision s’impose sur la nature du chiffre. Findex est une enquête déclarative menée auprès d’un échantillon national d’adultes, et non un relevé des comptes ouverts par les établissements. Elle mesure ce que les personnes disent détenir. C’est précisément ce qui intéresse ici : la détention perçue et utilisable, pas le stock administratif.
Inclusion financière des femmes au Sénégal : devant les quatre autres marchés
Sur les cinq marchés que couvre cette édition, le Sénégal est en tête, et de loin. Pour la même année 2024, la détention d’un compte par les femmes de 15 ans et plus s’établit à 63,7 % au Gabon, 53,8 % en Côte d’Ivoire, 52,9 % au Cameroun et 49,1 % au Bénin. Vingt-quatre points séparent la première et la dernière position.
L’écart entre femmes et hommes raconte autre chose. Il est de 6 points au Sénégal, 6 points au Bénin, 7,4 points en Côte d’Ivoire, 8,7 points au Gabon et 16,5 points au Cameroun. Le Bénin affiche donc un écart aussi resserré que le Sénégal, mais à un niveau de détention deux fois plus bas : c’est une égalité dans la rareté. Le Cameroun présente le cas inverse, un taux masculin élevé, 69,4 %, et le décrochage féminin le plus marqué des cinq marchés. Un écart faible ne signale pas un marché avancé, il ne signale qu’une distance entre deux populations.
Ce qu’un compte ne finance pas
L’indicateur agrège deux objets différents, le compte bancaire et le compte de monnaie électronique. À ce niveau de publication, la base ne permet pas d’attribuer la progression sénégalaise à l’un plutôt qu’à l’autre. La prudence s’impose donc sur l’explication, pas sur le constat.
Le constat a une conséquence directe pour une femme qui entreprend. Un compte sert à encaisser, à payer, à transférer. Il ne constitue pas un dossier de crédit. Un historique de transactions sur un portefeuille électronique n’est pas un historique bancaire : il ne produit ni états financiers, ni garantie. Le point de blocage se déplace vers l’aval, là où se joue l’accès au crédit d’investissement, c’est-à-dire vers le collatéral. C’est le mécanisme que la Côte d’Ivoire a choisi d’activer en substituant la garantie à la subvention pour les PME dirigées par des femmes.
L’enseignement est opérationnel. Au Sénégal, un programme qui vise encore l’ouverture de comptes féminins traite un problème largement résolu. Le gisement est ailleurs : l’usage, l’épargne logée sur le compte, et surtout le crédit d’investissement, qui reste adossé à des sûretés que la détention d’un compte ne crée pas.
Sources : Banque mondiale, Global Findex Database 2025 (données collectées en 2024) ; Banque mondiale, indicateurs « Account ownership at a financial institution or with a mobile-money-service provider, female » et « … male », valeurs 2014, 2017, 2021 et 2024 pour le Sénégal, le Bénin, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Gabon.