Best of the Best 2026 : Juliette Fievet « Être artiste, ce n’est pas seulement savoir chanter »

Journaliste, animatrice de Légendes Urbaines et coach de Best of the Best Révolution 2026, Juliette Fievet a accompagné les candidats sur une partie du métier que l’on voit moins à l’écran. Parler de soi, comprendre ses forces, s’adresser aux médias, choisir son entourage ou encore apprendre à durer. Pour ELLE Afrique Francophone, elle revient sur son expérience auprès des jeunes artistes congolais et sur ce qu’elle aimerait qu’ils retiennent une fois la compétition terminée.

Juliette Fievet connaissait Best of the Best bien avant d’y participer. Elle avait vu passer certains des artistes révélés par le concours et entendu parler pendant des années de cette compétition devenue un rendez-vous de la musique congolaise. Mais lorsqu’on lui a proposé de rejoindre l’édition 2026, une chose était claire : elle ne voulait pas être jurée.

Le rôle de coach, en revanche, lui ressemblait davantage.

Pendant la compétition, la journaliste et animatrice de Légendes Urbaines a donc travaillé avec les candidats sur tout ce qui commence lorsque l’on cesse simplement de chanter. Comment parler de soi ? Comment défendre sa musique ? Comment comprendre ses forces et ses faiblesses ? Avec qui construire la suite de sa carrière ? Des questions qui deviennent très concrètes lorsque les lumières d’une émission s’éteignent.

ELLE Afrique Francophone. Vous connaissiez Best of the Best depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre l’émission cette saison ?

Juliette Fievet. J’entendais parler de ce programme depuis très longtemps, à travers des artistes. En commençant par Innoss’B, à l’époque où cela s’appelait, je crois, Vodacom Superstar, puis Gaz Mawete, Gally… Quand tu travailles dans la culture, tu connais forcément cette compétition, qui est un peu la Star Academy de la RDC.

Et quand tu connais le niveau et l’influence musicale du Congo, forcément, ça intrigue.

En revanche, je n’aime pas être jurée. Je refuse toujours parce que je suis mal à l’aise avec ça. Je trouve qu’il y a forcément, à un moment, un côté injuste. Plus tu avances dans une compétition, plus tu es obligé de faire des choix cornéliens.

Quand on m’a proposé d’être coach, cela correspondait beaucoup plus à mon ADN et à ce que je suis. Je me suis dit : pourquoi pas ? Quelle aventure ! Et j’avais la certitude de me retrouver face à des personnes qui avaient un vrai niveau artistique. J’ai donc accepté avec joie.

Concrètement, quel a été votre rôle auprès des candidats ?

J’étais coach. Souvent, dans ce genre de compétition, quand on pense « coach », on pense aux cours de chant. Dieu merci, je ne donne de cours de chant à personne, sinon personne ne va aller nulle part ! [Rires.]

Mais être artiste, ce n’est pas seulement savoir chanter. C’est avoir conscience de soi-même, de ce que l’on envoie au reste du monde, savoir pourquoi on veut être artiste et prendre conscience de la difficulté du chemin.

Ce sont un peu les clés que je pouvais donner lorsque j’étais manager ou que je produisais des artistes. Cela commence par le body language, la façon de se comporter, de se tenir, l’ouverture d’esprit, la manière d’appréhender un public. Il y a aussi la façon de communiquer avec les médias. Le media training est important.

Comme je leur dis toujours, il y a le savoir-faire et le faire-savoir. Tu sais faire, mais comment vas-tu ensuite porter ton art et ta musique ? Comment vas-tu réussir à convaincre l’autre que ta musique mérite d’être écoutée ?

Qu’est-ce qui vous a frappée lors de votre première rencontre avec les candidats ?

Ils étaient hyper studieux. Ils avaient leur cahier, leur stylo. Je leur ai demandé de faire des exercices et, le lendemain, ils les avaient faits. Ils étaient très concentrés.

Mais ce qui m’a le plus marquée chez eux, c’est leur résilience. Ce ne sont pas des jeunes qui ont tous grandi dans des environnements faciles. Ils ont des histoires individuelles intenses. Et pourtant, quand tu parles avec eux, il y a beaucoup de dignité, beaucoup de classe et beaucoup de force.

Ils ne sont pas dans le « vous comprenez, j’ai vécu ça… ». Et tu comprends aussi pourquoi leur musique peut être aussi intense. Leur vécu est chargé d’émotions, d’histoires de vie. Alors, naturellement, quand tu les entends, tu peux te prendre une claque.

Vous les avez notamment fait travailler sur leur manière de parler d’eux-mêmes. Qu’est-ce qui leur posait le plus de difficultés ?

C’est très difficile pour eux de parler d’eux-mêmes. Ce qui est drôle, c’est qu’ils savent très bien parler des autres.

On avait fait un exercice. Je leur avais demandé de me donner des adjectifs, des qualités et des défauts les concernant artistiquement, puis de faire la même chose pour les autres. C’était incroyable de voir à quel point ils arrivaient facilement à identifier les forces des autres.

Je pense que c’est assez humain. On est parfois plus capable d’aider les autres que soi-même, parce qu’on manque de recul sur soi.

Je les ai donc fait travailler là-dessus en leur disant : « N’ayez pas peur de vos défauts. » Ce que vous pensez être un défaut est peut-être une grande force. Et ce que vous pensez être une force peut parfois devenir un défaut.

Je me souviens d’Anthony qui m’avait dit : « Moi, j’ai le syndrome de l’imposteur, je doute tout le temps. » Mais pour moi, un artiste doit aussi savoir douter. S’il ne doute jamais, il risque de ne plus avancer. C’était cela qui était intéressant dans nos discussions : leur montrer que ce qu’ils percevaient comme un défaut ne l’était pas nécessairement.

Il n’y a pas de science exacte.

Vous avez rencontré beaucoup d’artistes au cours de votre carrière. Qu’est-ce qui vous permet de reconnaître quelqu’un qui a quelque chose de particulier ?

Tu peux être absolument parfait, chanter extrêmement bien, être carré, ne faire aucune fausse note et ne générer aucune émotion. Et puis il y a des artistes que tu écoutes et qui te donnent immédiatement des frissons.

J’ai vraiment le sentiment qu’une partie de cela vient d’ailleurs. Alpha Blondy m’avait expliqué un jour : « Nous ne sommes que des caisses de résonance. » Je trouve cette image assez juste. Être artiste, c’est évidemment avoir du talent, mais l’inspiration n’est pas seulement personnelle. Il y a aussi une connexion. Après, chacun l’appelle comme il veut.

Je pense par exemple à Pharrell Williams lorsqu’il parlait de Happy. Quand Oprah Winfrey lui avait montré l’impact que la chanson avait eu partout dans le monde, il s’était effondré en larmes. Il expliquait qu’il se sentait privilégié d’avoir été celui par lequel cette énergie était passée.

Il y a des chansons comme cela. On se souvient de ce qu’on a ressenti la première fois qu’on les a entendues.

Après plusieurs semaines avec les candidats, qu’est-ce qui vous a le plus réjouie dans leur évolution ?

Ils ont forcément progressé. Quand tu passes quatre mois dans une maison avec des musiciens de qualité, un directeur artistique, un chef d’orchestre, des mentors comme Gally et Gaz Mawete, avec Fally Ipupa ou Charlotte Dipanda qui passent également, quand tu enchaînes les primes et les montées d’adrénaline, tu te remets forcément en question.

C’est un entraînement de haut niveau. Un entraînement presque olympique.

Mais ce qui me fait le plus plaisir aujourd’hui, c’est qu’ils ont tous la certitude d’être à leur place, d’être réellement des artistes et d’être faits pour cela. Ils sont déterminés.

Ils ont traversé énormément d’épreuves et de challenges. Ce qu’ils ont vécu était difficile. Aujourd’hui, je les sens beaucoup plus confiants qu’avant. Pas arrogants. Confiants et sûrs de leur travail, parce que cette confiance repose sur le travail réel qu’ils ont fourni.

Vous connaissez bien les musiques africaines. Qu’est-ce qui vous semble caractériser cette génération de jeunes artistes congolais ?

Rien ne se crée, tout se transforme, chérie ! Ils sont tous les héritiers de Tabu Ley Rochereau, Papa Wemba, Lokua Kanza, Fally Ipupa, JB Mpiana…

Ce qui les distingue peut-être davantage, c’est cette culture des réseaux sociaux et le fait qu’ils vont probablement être plus entrepreneurs. Musicalement, ils vont forcément adapter leurs racines congolaises à ce qui se passe dans le monde.

On le voit aussi au Nigeria. Quand tu écoutes Omah Lay, Rema ou Burna Boy, tu comprends qu’il y a Fela derrière, mais qu’ils en ont fait leur propre version.

Je trouve aussi qu’au Congo, la jeunesse conserve un grand respect pour ceux qui l’ont précédée. Elle ne cherche pas à « tuer le père ». Ce respect est formidable. Les jeunes font les choses à leur sauce, mais sans effacer ce qui existait avant eux.

Pour moi, la différence aujourd’hui se trouve beaucoup dans la manière de présenter leur musique au monde.

Au-delà de la musique, qu’est-ce qu’un jeune artiste doit absolument comprendre pour construire une carrière ?

C’est fondamental : il faut s’entourer des bonnes personnes. Sinon, tôt ou tard, cela ne fonctionnera plus.

Tu peux faire un buzz avec un titre, mais si tu es mal entouré, tu risques de devenir une étoile filante. Il ne faut pas prendre son ami d’enfance comme manager simplement parce que c’est son ami s’il ne connaît rien à la musique.

Et même lorsqu’on travaille avec ses meilleurs amis, il faut faire des contrats. Je le leur ai dit et répété. Vous prenez chacun un avocat, vous trouvez un accord équitable, vous signez et vous rangez le contrat dans un tiroir. Cela évite énormément de problèmes par la suite.

Aimer quelqu’un ne signifie pas qu’il sera un bon manager ou une bonne attachée de presse. Un manager doit connaître le métier. Il doit savoir ce qu’est un contrat d’édition, une répartition, la gestion d’une tournée, la propriété intellectuelle… Il faut être capable de constituer une véritable équipe.

S’il ne devait leur rester que quelques conseils de cette aventure, lesquels aimeriez-vous qu’ils gardent ?

Il y en a deux.

Soyez vous-mêmes. Toujours, toujours, toujours. N’essayez pas de copier ce qui fonctionne déjà. Soyez vous-mêmes.

Et puis, dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas. Personne ne reste en haut tout le temps et personne ne reste en bas tout le temps. Une carrière d’artiste, ce n’est pas être au sommet en permanence. C’est durer.

Parfois, cela marchera. Parfois, cela marchera moins bien. Peut-être qu’un jour vous remplirez des stades. Peut-être qu’un autre jour, le public se détournera parce qu’il y aura quelqu’un de nouveau. Et peut-être que vous reviendrez.

Au final, qu’est-ce qui est important ? C’est de vivre de sa musique. Réussir à ne faire que cela dans sa vie et à vivre de ce qui nous rend heureux.

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La rédaction

ELLE Afrique francophone, seule édition continentale d'ELLE en Afrique, fait entendre les femmes, les artistes et les visions qui écrivent l'Afrique souveraine, créateurs émergents, artistes, lieux et influenceurs locaux, avec l'exigence d'ELLE et la puissance du continent.

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