À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, je signe une lettre ouverte puissante. Elle y interroge les angles morts du journalisme, la place des femmes, notamment africaines, dans les récits médiatiques, et appelle à une presse véritablement inclusive, consciente de son pouvoir et de sa responsabilité.
Il existe des silences que l’histoire a érigés en évidence.
Des silences qui tiennent debout, depuis des siècles, à la place des femmes qui auraient dû parler.
Nous célébrons la liberté de la presse. Et nous avons raison.
Sans elle, rien ne tient.
Mais regardons en face ce qu’elle a oublié : elle n’a jamais été également libre pour toutes.
Certaines voix ont été entendues dans leur plainte, jamais dans leur pensée.
Certains corps racontés à leur place.
Les femmes africaines en font partie. Les femmes, partout.
Je ne parle pas de censure.
Je parle d’une absence plus ancienne : l’absence d’invitation.
On écrit pour elles. On pense à leur sujet.
Et lorsqu’elles prennent la parole, le monde découvre ce qu’il aurait toujours dû savoir : leur pensée est indispensable.

Une presse libre qui n’écoute pas toutes les femmes n’est pas encore libre.
Je dirige aujourd’hui ELLE Afrique francophone.
Ce n’est pas une distinction, c’est une responsabilité : faire exister une voix éditoriale qui lit, questionne et prend position.
Le journalisme n’est pas neutre.
Il choisit ce qu’il rend visible et ce qu’il laisse dans l’ombre.
Chaque couverture est un acte politique.
Chaque silence, un renoncement.
C’est cette conviction que je porte avec le Leadership Régénératif Incarné : penser le média comme un corps qui répare.
Un média peut soigner ce qu’il rend visible, ou aggraver ce qu’il invisibilise.
Concrètement : changer qui écrit, qui est publié, et qui décide.
Je pense aux femmes dont la parole a été confisquée.
À celles qu’on a filmées sans leur donner le micro.
À celles qui se sont tues, non par manque de pensée, mais par manque d’auditoire.
La liberté de la presse ne se défend pas seulement contre la censure.
Elle se défend contre les habitudes qui excluent.
En publiant celles à qui l’on n’a jamais proposé d’écrire.
En refusant que les femmes des Suds ne soient convoquées qu’en témoignage.
Nous ne sommes pas un média spectateur.
Nous sommes un média engagé, à impact, qui prend position.
Parce que le continent que nous servons ne peut plus attendre.
La presse libre est celle qui élargit, chaque jour, le cercle de celles et ceux qu’elle écoute.