Quelques heures avant le début de Roland-Garros 2026, Naomi Osaka a réuni plusieurs joueurs noirs du circuit pour un dîner organisé à Paris. Parmi les invités figuraient notamment Coco Gauff, Gaël Monfils, Taylor Townsend, Asia Muhammad et Christopher Eubanks.
Sur Instagram, la joueuse japonaise a partagé des images de la soirée accompagnées d’un long texte très personnel dans lequel elle revient sur son parcours dans le tennis professionnel. Elle y évoque le manque de représentation noire qu’elle a ressenti plus jeune, mais aussi cette solidarité instinctive qui existe entre les joueurs noirs dans un sport où ils restent encore minoritaires :
“Quand tu gagnes, j’ai l’impression de gagner aussi”, écrit-elle notamment, avant d’expliquer que voir d’autres personnes noires évoluer dans cet espace lui a longtemps donné le sentiment d’être moins seule.
“Quand j’étais plus jeune, il n’y avait pas beaucoup de joueurs de tennis dans lesquels je pouvais me reconnaître.
Être une minorité dans un sport comme le tennis peut être très isolant. Mais il y a aussi quelque chose de très fort dans le fait de repérer immédiatement les autres personnes noires autour de soi.
Il existe une forme de solidarité, de complicité silencieuse, qui n’a même pas besoin d’être expliquée. On se sent apaisé de savoir qu’une autre personne a vécu des expériences similaires aux nôtres. On se sent moins seul.
Il y a une phrase qui dit : “Quand tu gagnes, j’ai l’impression de gagner aussi.” Et même si c’est vrai, je ressens aussi le fait de simplement voir l’un d’entre nous exister dans cet espace. Un espace qui, clairement, n’a pas été pensé pour nous, comme une victoire en soi.
Notre présence est déjà un cadeau. Et je suis profondément reconnaissante envers tous ceux qui m’inspirent simplement en étant là.”
Le message a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, autant pour sa sincérité que pour ce qu’il raconte du tennis de haut niveau aujourd’hui. Car si la discipline s’est diversifiée ces dernières années, la représentation noire reste encore limitée, en particulier dans certaines sphères du tennis professionnel.
Le geste d’Osaka résonne d’autant plus fortement qu’elle fait partie des sportives qui ont le plus transformé l’image du tennis ces dernières années. : Première joueuse japonaise à remporter un tournoi du Grand Chelem, première joueuse asiatique à devenir numéro 1 mondiale, Naomi Osaka a construit l’un des palmarès les plus importants de sa génération avec quatre titres majeurs remportés à l’US Open et à l’Open d’Australie.
Mais son influence dépasse largement les résultats sportifs. Depuis plusieurs années, elle utilise aussi sa visibilité pour aborder des sujets rarement traités aussi frontalement dans le tennis, notamment les questions raciales et la santé mentale. En 2020, lors de l’US Open, elle avait marqué les esprits en entrant sur les courts avec des masques portant les noms de victimes noires de violences policières aux États-Unis.
À Paris cette semaine, certains internautes ont critiqué le caractère exclusif de ce dîner réservé aux joueurs noirs. Naomi Osaka a répondu directement sur ses réseaux sociaux, expliquant qu’elle ne s’excuserait jamais de célébrer les athlètes noirs et les personnes qui lui ont permis de se sentir représentée dans ce sport.
À quelques heures du début de Roland-Garros, cette soirée parisienne a surtout rappelé une chose : pour beaucoup de joueurs noirs du circuit, la question de la représentation reste encore bien liée à l’expérience du tennis lui-même.
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