INTERVIEW : Fatoumata Binta Diallo « N’attendez pas la permission d’oser »

À seulement 28 ans, Fatoumata Binta Diallo a été nommée Cheffe de Cabinet du Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités de Guinée. Un poste à responsabilité qu’elle aborde avec humilité, mais aussi avec la conviction que le leadership se mesure avant tout à l’impact que l’on crée dans la vie des autres. 

Parallèlement à ses fonctions institutionnelles, elle poursuit depuis plusieurs années un engagement profond en faveur des femmes et des jeunes filles à travers LEYA Foundation For Women. Née de l’évolution de Women’s Meeting Day, l’initiative qu’elle avait lancée en 2018 pour favoriser le partage d’expériences, l’inspiration et l’accès aux opportunités.

Pour ELLE Afrique francophone, elle revient sur son parcours, sa vision du leadership, son engagement pour les femmes, et le message qu’elle souhaite transmettre à celles qui hésitent encore à prendre pleinement leur place.

À seulement 28 ans, vous avez été nommée Cheffe de Cabinet du Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités. Qu’est-ce que cette responsabilité a changé dans votre manière de servir votre pays ?

Être nommée Cheffe de Cabinet à seulement 28 ans a été un moment à la fois rempli de gratitude, d’honneur, mais aussi d’une profonde prise de conscience.

Je mesure pleinement la confiance qui m’a été accordée à travers cette responsabilité. Elle traduit également une vision portée au plus haut niveau de l’État par Son Excellence Monsieur Mamadi Doumbouya, Président de la République, Chef de l’État : celle de faire confiance aux compétences, de responsabiliser une nouvelle génération et d’encourager une participation plus forte des femmes dans les espaces de décision.

À titre personnel, cette nomination m’a rappelé qu’une responsabilité n’est jamais seulement la reconnaissance d’un parcours ou d’un engagement. C’est avant tout une mission. Derrière une fonction, il y a des attentes, des citoyens, des réalités humaines et l’obligation de donner le meilleur de soi. Elle a également changé mon regard sur moi-même. Elle m’a appris que la légitimité ne se définit pas uniquement par l’âge ou le nombre d’années d’expérience, mais par le travail, la discipline, la capacité à apprendre, à évoluer et, surtout, par le sens que l’on donne à son engagement.

J’ai compris qu’occuper un poste de responsabilité n’est jamais une finalité en soi. C’est un moyen de servir, d’écouter et de contribuer à apporter des réponses concrètes aux besoins de son pays. Au Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, sous le leadership de Madame Pauline Adeline Patricia LAMAH, cette mission prend une dimension encore plus particulière, car elle touche directement à l’humain : les femmes, les enfants, les familles et les personnes les plus vulnérables.

Chaque jour rappelle l’importance de travailler avec humilité, engagement et sens du devoir, car derrière chaque décision ou initiative, il y a des vies qui peuvent être positivement impactées. Cette expérience m’a appris une chose essentielle : le véritable leadership ne se mesure pas seulement à la fonction que l’on occupe, mais à la capacité d’utiliser cette responsabilité pour servir et créer un impact durable.

Votre parcours vous a menée de la communication institutionnelle aux espaces de décision publique. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris sur le leadership, notamment lorsqu’on est une jeune femme dans des environnements exigeants ?

Mon parcours m’a appris que le leadership se construit souvent bien avant que les opportunités deviennent visibles. La communication institutionnelle a été une école précieuse. Elle m’a permis de comprendre le fonctionnement des institutions, l’importance du message public, mais surtout la responsabilité qui accompagne toute action menée au service des citoyens.

Passer progressivement vers des espaces de décision m’a appris que le leadership n’est pas uniquement une question de position, mais aussi de responsabilité et de capacité à fédérer autour d’objectifs communs. En tant que jeune femme, j’ai parfois été la plus jeune autour de certaines tables. Ces expériences m’ont appris qu’il ne faut pas chercher à prouver sa place en permanence, mais plutôt l’occuper avec sérieux, préparation et humilité.

J’ai compris qu’une femme n’a pas besoin de changer qui elle est pour exercer un leadership fort. On peut diriger avec écoute, empathie et bienveillance, tout en étant exigeante et déterminée. Aujourd’hui, je crois profondément que chaque femme qui accède à des espaces de responsabilité ouvre symboliquement une porte pour celles qui viendront après elle.

Au Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités, vous travaillez sur des sujets très engagés. Comment gardez-vous l’humain au centre de dossiers parfois très institutionnels ?

Je garde toujours à l’esprit qu’avant d’être des dossiers, ce sont des vies. Derrière chaque programme, chaque rapport ou chaque statistique, il y a un visage, une histoire, une femme qui cherche à reconstruire sa vie, un enfant qui mérite d’être protégé, une famille qui attend une réponse. Le terrain nous ramène constamment à l’essentiel. Les échanges avec les communautés et les réalités auxquelles nous sommes confrontés rappellent que notre travail doit toujours partir des besoins réels des populations. Les institutions existent avant tout pour servir les personnes. C’est cette conviction qui me guide : ne jamais laisser les procédures nous éloigner de l’humain.

Selon vous, que faut-il changer concrètement pour que davantage de femmes puissent prendre leur place ?

Je crois profondément que le problème n’a jamais été le manque de potentiel chez les femmes. Le potentiel existe déjà. Ce qui manque trop souvent, ce sont les passerelles qui permettent à ce potentiel de s’exprimer pleinement. Il faut continuer à renforcer l’accès à l’éducation, à l’information, aux réseaux, au mentorat, au financement et aux espaces où les décisions se prennent. Mais il faut également agir sur quelque chose de moins visible : la confiance.

Beaucoup de femmes talentueuses hésitent non pas parce qu’elles ne sont pas capables, mais parce qu’elles attendent d’être parfaitement prêtes ou suffisamment légitimes. J’aimerais que davantage de femmes comprennent qu’elles n’ont pas besoin d’être parfaites pour commencer. Elles ont le droit d’apprendre, d’évoluer et de construire leur chemin en avançant.

Vous avez créé Women’s Meeting Day en 2018, avant de le faire évoluer en LEYA Foundation For Women. Que raconte cette évolution ?

Lorsque j’ai créé Women’s Meeting Day en 2018, mon ambition était avant tout de créer un espace où les femmes pouvaient se retrouver, échanger, partager leurs expériences et s’inspirer mutuellement. À cette période, je ressentais déjà profondément le besoin de mettre en lumière les parcours féminins et de rappeler que chaque histoire, chaque réussite, mais aussi chaque difficulté traversée pouvait devenir une source d’apprentissage et d’encouragement pour une autre femme.

Avec les années, mon propre parcours a évolué. Mes expériences professionnelles, mes rencontres, mon engagement sur le terrain et les responsabilités qui m’ont été confiées ont progressivement transformé ma perspective. J’ai compris que l’inspiration était essentielle, mais qu’il fallait aller encore plus loin : créer des mécanismes concrets, donner accès aux outils, à l’information et aux opportunités permettant aux femmes de révéler pleinement leur potentiel. C’est dans cette continuité qu’est née LEYA Foundation For Women. Cette évolution raconte aussi mon propre cheminement : celui d’une jeune femme qui continue d’apprendre, de grandir et qui reste convaincue que lorsqu’une porte s’ouvre pour nous, nous avons la responsabilité d’aider à en ouvrir d’autres.

LEYA porte le prénom de votre fille. En quoi la maternité a-t-elle transformé votre engagement ?

La maternité a profondément transformé ma manière de regarder la vie et l’avenir. Lorsque ma fille Leya est née, mon engagement a pris un visage. Ce n’était plus seulement une conviction que je portais pour les femmes que je rencontrais, c’était aussi une responsabilité envers la génération qui arrive.

Quand je regarde ma fille, je ne vois pas uniquement mon enfant. Je pense également à toutes ces petites filles qui grandissent aujourd’hui avec des rêves, des talents et un potentiel immense. Je souhaite qu’elles évoluent dans une société où elles n’auront pas à réduire leurs ambitions, où elles ne se demanderont pas si certains espaces sont faits pour elles, mais où elles sauront naturellement que leur voix compte et que leur contribution a de la valeur. Donner son prénom à la fondation est un symbole très fort pour moi. C’est une forme d’héritage, mais aussi une promesse : celle de contribuer, à mon échelle, à construire un avenir dans lequel nos filles auront encore plus de possibilités, plus de confiance et plus d’opportunités.

Votre compte personnel porte le nom « I am enough ». Pourquoi cette phrase est-elle devenue importante pour vous ?

« I am enough » est une phrase simple, mais qui représente beaucoup pour moi. Elle est devenue importante parce qu’elle rappelle une vérité que beaucoup de femmes oublient parfois : notre valeur ne dépend pas uniquement de nos réussites, de nos titres ou du regard que les autres portent sur nous. Comme beaucoup de femmes, j’ai connu des moments de doute. On peut avancer, atteindre certains objectifs, avoir des responsabilités importantes et malgré tout entendre cette petite voix intérieure qui demande : « Suis-je vraiment à ma place ? Suis-je assez légitime ? »

Avec le temps, j’ai appris que la confiance en soi n’est pas l’absence de doute. C’est apprendre à avancer malgré lui. « I am enough » ne signifie pas que l’on ne doit plus apprendre ou évoluer. Cela signifie simplement que l’on peut chercher à devenir meilleure tout en reconnaissant déjà sa propre valeur.

Quel message aimeriez-vous adresser aux femmes et aux jeunes filles qui vous lisent aujourd’hui ?

J’aimerais leur dire : n’attendez pas la permission d’oser. Pendant longtemps, beaucoup de femmes ont grandi avec l’idée qu’elles devaient attendre d’être choisies, validées ou parfaitement préparées avant de prendre leur place. Mais les parcours se construisent en avançant.

Osez commencer même lorsque tout n’est pas parfait, osez apprendre, osez poser des questions, osez entrer dans des espaces où vous ne voyez pas encore suffisamment de personnes qui vous ressemblent. Il y aura des moments de doute, des obstacles et des périodes d’incertitude, mais cela fait aussi partie de la construction d’un parcours. Votre âge, votre origine, votre histoire ou votre environnement ne doivent jamais définir les limites de vos ambitions.

Chaque femme porte en elle une histoire, une force et une contribution unique. Et surtout, souvenez-vous : vous n’avez pas besoin de devenir quelqu’un d’autre pour mériter votre place. Vous devez simplement vous autoriser à l’occuper pleinement.

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À lire aussi : Ce que l’indépendance financière change dans la vie d’une femme !


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Julie Yapo

Rédactrice en chef du ELLE Afrique francophone. Un oeil porté sur l'actualité féminine et une veille constante des tendances qui façonnent le continent.

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