Il y a des images qui s’imposent. Celle des Éléphants de Côte d’Ivoire en blazer orange, pour leur départ vers les États-Unis, a traversé les réseaux sociaux avec la force d’une évidence. Trente hommes, une matière, un pays. Derrière cette photo officielle qui a fait le tour du monde, un projet culturel structuré : une initiative portée par Alternative Media Services, confiée au designer Ibrahim Fernandez, exécutée par Orun x Designers, partenaire Culturel officiel de la Fédération ivoirienne de Football, et sublimée par le regard du styliste Guy Serge Gnahoré.
Ambassadeurs avant d’être footballeurs
La commande était claire dès le départ. Pas un uniforme sportif. Un acte de représentation nationale.
« La première intention était surtout d’habiller les ambassadeurs d’un pays », confie Guy Serge Gnahoré.
« Les Éléphants représentent aujourd’hui beaucoup pour notre nation. Nous avons mesuré le poids de la mission. Il fallait donc les sublimer, et faire en sorte qu’à leur arrivée aux États-Unis, les couleurs de la nation soient portées au plus haut. »
L’évidence du tapa
La matière choisie par Ibrahim Fernandez est du tapa, un pagne d’écorce battue, étoffe végétale ancestrale non tissée, emblématique des peuples de l’Ouest et du Centre-Ouest ivoirien, particulièrement chez les ethnies Bétés et Didas. Une matière que l’on sort les jours de fête. Un tissu qui a une mémoire. « C’était une évidence, l’idée de travailler cette matière pour se différencier de ce qu’on propose d’habitude », raconte Gnahoré. « C’était tellement ingénieux que lors de la révélation, tout le monde est resté sans voix. Ibrahim Fernandez sait toujours ce qu’il fait. »
Sur la scène d’une Coupe du Monde, le message est d’une clarté absolue : la Côte d’Ivoire arrive avec ses racines.
Le blazer réinventé
Ce qui frappe dans ces tenues, c’est leur modernité. L’atelier Ibrahim Fernandez est reconnu pour sa maîtrise de différentes coupes, jusque dans les détails de mesure et de structure. L’intention était claire : moderniser la veste homme sans trahir la matière. Le résultat est un blazer ajusté, structuré, qui porte le tapa sans le folkloriser. Une pièce qui pourrait tout aussi bien apparaître sur un podium que sur une photo officielle de délégation mondiale.
Retournez la veste. Au dos de chaque blazer, une tête d’éléphant brodée, majestueuse, irradiante. Un détail que chaque joueur portera sur lui comme un sceau et comme une appartenance. C’est là que le vêtement bascule du vestiaire vers le symbole.

Deux métiers, une vision
La réussite de ces tenues tient aussi à la nature de la collaboration. D’un côté, Ibrahim Fernandez et sa maîtrise de la coupe et de la construction. De l’autre, l’œil du styliste Guy Serge Gnahoré, qui assemble, qui arbitre, qui sublime. Deux regards distincts au service d’une même intention : faire de ces hommes, le temps d’une photo, les représentants les plus élégants du continent.
Quand la photo a été publiée, elle n’a pas seulement circulé dans les cercles mode, mais elle a ému. Elle a rendu fiers. Elle a prouvé, une fois de plus, que la mode africaine n’a pas besoin de validation extérieure pour s’imposer, elle a juste besoin d’une scène à sa mesure. La Coupe du Monde en est une.
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