Le football, ce sport qui nous unit… pourquoi révèle t-il encore autant de racisme ?

Après presque un mois de compétition la Coupe du monde organisée en Amérique se termine. Des larmes, de la joie et de la tristesse ont rythmé cet évènement suivi dans le monde entier. Des équipes présentes pour représenter leur pays ont réussi à créer une vraie effervescence derrière les acteurs du ballon rond. Mais derrière cette union, des attitudes, des paroles et des comportements racistes viennent entâcher la fête et révèlent un sport encore trop marqué par le racisme.

Plus qu’un sport ? 

Le football est le sport le plus pratiqué au monde. À l’échelle de la France, on recense 2,3 Millions de licenciés. C’est une discipline populaire qui rassemble et transmet des valeurs d’esprit d’équipe, d’entraide et de respect des autres. Elle n’a ni couleur, ni origine, ni catégorie socioprofessionnelle. Pour les petits comme pour les grands, cette pratique et cette passion n’ont pas d’âge. 

Les enfants sont fans des superstars. C’est un moment qu’ils partagent avec leur parents, comme une forme de transmission. Le football est un facteur de cohésion sociale. Il a le pouvoir unique de rassembler des personnes  de différentes cultures, origines et milieux. 

Lors des différentes compétions qui peuvent avoir lieu, des supporters de toutes nationalités se réunissent pour célébrer. On encourage le club de sa ville,  l’équipe de son joueur préféré, ou encore son pays. C’est en cela que peuvent naître des rivalités historiques entre différents clubs.  Ce n’est un secret pour personne : les supporters parisiens ne sont pas les plus fervents adeptes de l’équipe de Marseille. 

Ce sont des tensions qui naissent dans le cadre du sport et qui ne dépassent généralement pas ces limites. On estime que son équipe est la meilleure, que ses joueurs sont plus forts, que son palmarès est plus prestigieux. Il y a derrière cela un sentiment d’appartenance et de fierté partagé avec les autres supporters. Des événements comme la Coupe du monde sont encore plus forts que cela. C’est un moment qui unit un pays derrière son équipe nationale. Même les non-amateurs de foot se prêtent au jeu. On peut ne pas forcément aimer ce sport mais pour autant, vouloir vivre les moments de joie et de victoire qui font battre toute une nation à l’unisson. 

Les célébrations ont lieu dans différents endroits : dans des  bars, les Fan zones ou encore dans les rues. Les gens sont heureux, échangent et partagent entre amis ou avec de parfaits inconnus. Ce qui en ressort, c’est ce lien d’appartenance et d’identité. On se positionne en opposition : c’est nous contre eux. On veut montrer aux autres pays que le nôtre est le meilleur. 

La Coupe du Monde 2026 a permis l’émergence de plus petites nations qui parviennent à trouver leur place et faire briller tout un peuple à l’international comme ça a pu être le cas pour le Cap-Vert. 

Malheureusement, ce ne sont pas uniquement les aspects positifs qui nous feront nous rappeler cette édition. Ce sport populaire, capable de rassembler des millions de personnes, est aussi un miroir de nos sociétés. Ce qu’il se passe sur le terrain reflète en partie le monde qui nous entoure et ses dérives.

Quand la défaite réveille le racisme

Depuis plusieurs années, la FIFA tente pourtant de lutter contre ce phénomène. Avec sa campagne « No to Racism », l’instance internationale souhaite rappeler que le football est un sport universel, où chacun doit pouvoir évoluer sans être victime de discrimination. Des messages sont diffusés dans les stades, des sanctions sont prévues en cas de comportements racistes et les fédérations sont régulièrement appelées à agir.

Pourtant, malgré ces campagnes de sensibilisation, les insultes racistes continuent de rythmer l’actualité du football. Lorsqu’un joueur noir marque, il devient un héros national. Il fait la fierté de son pays, on célèbre son talent, sa détermination et son patriotisme. Mais lorsqu’il passe à côté de son match ou qu’il coûte une victoire à son équipe, son appartenance à la nation est soudainement remise en question.

 » Ils ne sont même pas français. « 

« Il y a trop de Noirs en équipe de France. « 

Des phrases qui reviennent régulièrement, comme si la nationalité d’un joueur dépendait de sa performance sportive. La France est pourtant un pays construit par sa diversité. Son histoire, sa culture et sa population sont le fruit de multiples migrations. Cette richesse se retrouve naturellement dans son équipe nationale, qui reflète simplement la société française. Pourtant, certains continuent de voir cette diversité comme une menace plutôt que comme une force.

Derrière ces discours se cache parfois une peur plus profonde : celle du « grand remplacement ». Pour certains, voir une équipe de France composée majoritairement de joueurs noirs alimenterait l’idée d’un effacement de l’identité française. Une théorie complotiste qui trouve malheureusement un écho jusque dans le football.

Les réseaux sociaux participent également à cette banalisation du racisme. Derrière un écran, certains supporters se sentent autorisés à écrire ce qu’ils n’oseraient jamais dire dans la vie réelle. La déception d’une défaite devient alors un prétexte pour laisser s’exprimer une haine qui dépasse largement le cadre du sport. Pour un joueur noir, l’enjeu est donc double. Il ne s’agit pas seulement de réaliser une bonne performance pour son équipe.

Il faut aussi composer avec une pression supplémentaire. La peur de rater, la peur de décevoir. Mais surtout la peur que la moindre erreur entraîne une avalanche d’insultes visant non pas sa performance, mais sa couleur de peau ou ses origines.

En 2021, après l’élimination de la France lors de l’Euro face à la Suisse, Kylian Mbappé manque son tir au but décisif. Les critiques sportives laissent rapidement place à des insultes racistes sur les réseaux sociaux. Quelques mois plus tard, le joueur expliquera avoir pensé arrêter la sélection française.  » Je joue pour des gens qui, si je perds, vont me traiter de singe. «  Une phrase qui résume à elle seule le poids que peuvent porter certains joueurs. Ils savent que leur performance ne sera jamais jugée uniquement sur leur niveau de jeu.

Un phénomène qui dépasse les frontières

L’équipe de France est régulièrement prise pour cible, mais elle est loin d’être la seule concernée. Lors de cette Coupe du monde, plusieurs personnalités politiques étrangères ont tenu des propos racistes visant directement les joueurs français.

Après une rencontre face au Paraguay, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s’en est prise à Kylian Mbappé dans un message particulièrement raciste et déshumanisant publié sur les réseaux sociaux. Quelques jours plus tard, une vice-gouverneure argentine évoquait une « équipe africaine » pour parler de la sélection française. L’ancien Premier ministre espagnol Mariano Rajoy publiait lui aussi une tribune affirmant que l’équipe de France ne comptait « aucun joueur français ».

Derrière ces déclarations, le message est toujours le même : associer la couleur de peau à l’identité nationale et refuser à certains joueurs leur appartenance à la France. Ce type de discours dépasse largement la rivalité sportive. Il utilise le football, événement suivi par des milliards de personnes, comme une tribune pour diffuser des idées racistes et xénophobes.

Malheureusement, ces épisodes ne sont pas nouveaux. Déjà dans les années 1980 et 1990, le gardien camerounais Joseph-Antoine Bell était régulièrement accueilli par des cris de singe et des jets de bananes lorsqu’il évoluait en France. À une époque où ces comportements étaient encore peu sanctionnés, ils étaient souvent minimisés comme de simples provocations de supporters.

En 2005, lors d’une rencontre de Ligue 1, certains supporters lillois avaient également déployé une croix celtique, symbole récupéré par plusieurs mouvements d’extrême droite. Un rappel que le racisme dans les stades ne se limite pas aux insultes individuelles, mais peut aussi être porté par des groupes organisés.

Plus récemment, de nombreux joueurs comme Mario Balotelli ou encore Bukayo Saka ont eux aussi été victimes d’insultes racistes après des défaites ou des contre-performances. Peu importe le pays, le scénario reste souvent le même : lorsque tout va bien, ils incarnent leur nation ; lorsqu’ils échouent, ils redeviennent des étrangers aux yeux de certains.

Le football, miroir de nos sociétés

Le football n’a jamais créé le racisme. En revanche, il lui offre une immense caisse de résonance. Parce qu’il est le sport le plus populaire au monde, il reflète aussi les tensions, les discriminations et les fractures présentes dans nos sociétés.

Les fédérations ont un rôle à jouer. Les États également. Les plateformes numériques doivent aussi prendre leurs responsabilités en luttant davantage contre les propos racistes et xénophobes qui circulent sur leurs réseaux. Mais la responsabilité est avant tout collective. Car tant que certains supporters continueront à aimer leurs joueurs uniquement lorsqu’ils gagnent et à remettre en cause leur nationalité lorsqu’ils perdent, le football ne sera jamais totalement ce sport universel qu’il prétend être. Le football rassemble des millions de personnes autour d’un même ballon. Il devrait être capable de rappeler une évidence : un joueur ne devient pas moins français, moins espagnol ou moins anglais parce qu’il a raté un penalty.

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