À l’occasion du lancement du Beautiful Club, un collectif imaginé par Sephora réunissant six athlètes françaises aux parcours inspirants, ELLE Afrique francophone a rencontré la judokate Romane Dicko et la para-cycliste Marie Patouillet. Loin des podiums et des médailles, elles reviennent sur le regard porté sur leur corps, l’inclusion, la représentation et cette nouvelle définition de la beauté qui ne repose plus sur la perfection, mais sur l’acceptation de soi.
Pendant longtemps, les sportives ont été réduites à leurs performances ou à leur physique. Trop musclées, trop grandes, trop puissantes, pas assez féminines… Leurs corps ont souvent été commentés autant que leurs exploits. Pourtant, une nouvelle génération de championnes est en train de faire évoluer les mentalités. En assumant leur singularité, en parlant de santé mentale, de cyberharcèlement ou encore d’acceptation de soi, elles proposent une nouvelle interprétation de la beauté. Parmi elles, la judokate Romane Dicko et la para-cycliste Marie Patouillet rappellent que la beauté ne réside pas dans la conformité, mais dans la liberté d’être soi-même.
Marie Patouillet : « Chacune d’entre nous incarne sa propre définition de la beauté »

Tu portes depuis longtemps un discours fort sur la représentation et l’inclusion. Est-ce qu’il y a une rencontre qui t’a particulièrement marquée ?
S’il fallait citer un exemple, je penserais à Megan Rapinoe, dont le combat aux côtés de ses coéquipières m’a beaucoup portée et m’a donné l’espoir de faire bouger les lignes en matière de représentation et d’inclusion. C’est un exemple de collectif inspirant. Mais en réalité, cette prise de conscience se construit à chaque rencontre : elle est permanente.
Ton parcours montre qu’on peut transformer une différence en force. À quel moment as-tu cessé de la voir comme un frein ?
Je ne l’ai en réalité jamais vraiment vécue comme un frein. J’ai plutôt mis du temps à trouver la façon de l’apprivoiser, pour réussir à prendre ma place, celle qui allait me permettre de m’exprimer pleinement.
Aujourd’hui, de nombreuses jeunes filles te voient comme un modèle. Qu’aimerais-tu qu’elles retiennent de ton parcours, au-delà de tes médailles ?
J’aimerais qu’elles retiennent plusieurs choses. D’abord, l’importance de toujours chercher à mieux se connaître soi-même, pour que leurs choix, quel que soit le domaine, leur ressemblent pleinement. Ensuite, l’importance de la représentation et de la diversité : nous sommes toutes des représentations qui auront un impact sur quelqu’un qui s’identifiera à nous, et c’est essentiel d’en avoir conscience. Enfin, j’aimerais qu’elles retiennent la puissance du collectif, car c’est ensemble, en assumant et en unissant nos identités multiples, que nous parvenons à faire tomber les stéréotypes.
Romane Dicko : « Je ne limite plus mon corps à son physique, mais à ce qu’il est capable de faire »

Tu passes une grande partie de ta vie en kimono, sans maquillage, les cheveux attachés. Est-ce que le sport t’a libérée du regard des autres ?
Je suis une femme avec plein de facettes. Je ne suis pas seulement la judokate que l’on voit sur le tapis. Il y a aussi la femme en dehors du sport, et c’est important pour moi de montrer qu’il s’agit de la même personne. J’ai le droit d’exister autrement qu’en kimono
Le sport t’a appris énormément de choses sur ton corps. Est-ce qu’il t’a aussi appris à le regarder différemment ?
Oui, complètement. Quand j’étais plus jeune, j’avais du mal à accepter mon physique. J’étais plus grande, plus imposante que les autres et je voulais, comme beaucoup de jeunes filles, rentrer dans les cases. Le judo a changé mon regard. Ce corps que je vivais parfois comme un problème est devenu ma force. Aujourd’hui, je ne le regarde plus seulement pour son apparence, mais pour tout ce qu’il est capable de faire.
Tu prends régulièrement la parole contre le cyberharcèlement. Quel message aimerais-tu adresser aux jeunes filles avant qu’elles publient une photo sur les réseaux sociaux ?
De ne jamais avoir peur d’être elles-mêmes. Aujourd’hui, on réfléchit parfois à ce qui pourrait nous être reproché avant même de publier une simple photo. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas à nous d’avoir honte. Le cyberharcèlement est un délit. Il faut le dénoncer et continuer à s’exprimer sans laisser la peur décider à notre place.
Existe-t-il une idée reçue sur les femmes dans le sport que tu aimerais voir disparaître ?
Oui : l’idée qu’il n’existerait qu’un seul corps de sportive. On imagine souvent une femme longiligne, musclée « comme il faut ». Moi, je ne correspondais pas à cette image. Pendant longtemps, j’ai eu honte de mes épaules ou de mes bras parce qu’on me faisait comprendre qu’ils étaient « trop masculins ». Aujourd’hui, j’ai envie de montrer qu’on peut porter une robe de soirée, aimer la mode, avoir des muscles imposants et se sentir belle.Quand j’enlève mon kimono, je reste la même femme. Je ne suis pas seulement une sportive. Et c’est justement ce message que j’aimerais voir davantage représenté.
En choisissant de mettre en lumière des championnes aux parcours très différents, Sephora rappelle qu’il existe autant de définitions de la beauté qu’il existe de femmes. Une conviction que Romane Dicko et Marie Patouillet incarnent chacune à leur manière : l’une en revendiquant le droit d’exister au-delà de son kimono, l’autre en faisant de la représentation et du collectif des moteurs de changement. Parce qu’au fond, la plus belle victoire n’est peut-être pas de correspondre à une norme, mais de ne plus avoir besoin de le faire…
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