LES PATRONNES. Il y a deux façons d’aider les femmes à entreprendre. La première consiste à en accompagner quelques-unes très bien. La seconde consiste à construire le circuit par lequel elles passeront toutes. Sefora Kodjo a choisi la seconde, et c’est ce qui rend son cas intéressant.
Ce qu’elle a quitté
Elle commence dans l’administration ivoirienne. Chargée d’études au ministère de la Jeunesse en 2016, puis directrice de cabinet du porte-parole du gouvernement au ministère de la Communication, enfin conseillère technique dans ce même ministère au premier trimestre 2019. Cette année-là, elle quitte l’administration pour se consacrer entièrement à la structure qu’elle avait fondée dix ans plus tôt.
Ce qu’elle a construit
SEPHIS naît en 2009 sous forme associative, avant de devenir une fondation dont elle préside le conseil d’administration. Le dispositif s’appuie sur environ cinq cents bénévoles. Depuis sa création, la structure déclare avoir formé plus de vingt mille femmes à travers ses différents programmes, dont African Women of the Future, consacré à l’accompagnement des dirigeantes et des entrepreneures.
Le passage de la formation au financement est l’étape que la plupart des initiatives ne franchissent jamais. SEPHIS annonce avoir accompagné plus de cinq mille PME dirigées par des femmes dans la sous-région et mobilisé près de trois milliards de francs CFA de financement pour des entrepreneures.
Ce que ça pèse dans le pays
Le contexte ivoirien rend ce chiffre lisible. Plus d’un tiers des PME ivoiriennes sont dirigées par des femmes, selon une étude 2025 de l’Alliance for Financial Inclusion. Mais la Banque mondiale relevait en 2023 que 22,5 % seulement des entreprises formelles ivoiriennes comptaient une femme parmi leurs propriétaires.
L’écart entre ces deux mesures dit l’essentiel : les femmes dirigent beaucoup, elles possèdent peu. C’est exactement sur cet écart que se joue l’accès au capital, et c’est là que se situe le travail.
Le troisième étage
Après la formation et le financement vient l’agenda. Les 10 et 11 décembre 2026, Abidjan accueille le Forum international sur le leadership féminin, porté par la Fondation SEPHIS, dont elle est commissaire générale. Le thème retenu, « Bâtisseuses d’économies », ne laisse guère de doute sur le déplacement voulu : sortir du registre de l’autonomisation pour entrer dans celui de la compétitivité. Accès au financement, conquête de marchés, transformation locale, intelligence artificielle et durabilité y sont annoncés comme les axes de travail.
Ce que ça dit d’une méthode
En 2023, elle devient la première Africaine à siéger au conseil d’administration de Bioforce, institution de formation aux métiers humanitaires. En 2024, elle publie Leadership : stratégie ou manipulation ?, préfacé par Ellen Johnson Sirleaf. Deux gestes de nature différente, une même logique : occuper les lieux où se décident les normes, plutôt que réclamer une place à l’intérieur de normes déjà écrites.
C’est la définition la plus utile de ce mot d’impact. Non pas le nombre de femmes aidées, mais le nombre de conditions changées.
Sources : Pulse Côte d’Ivoire ; Agence Ecofin, août 2026 ; Abidjan.net ; Alliance for Financial Inclusion, 2025 ; Banque mondiale, 2023.