LE CHIFFRE. 3,9 %. C’est la part des entreprises dirigées par des femmes qui accèdent à un prêt bancaire au Bénin. Le chiffre a été avancé par Vincent Arthur Floreani, représentant de la Société financière internationale au Bénin, en janvier 2026, au moment où la Banque mondiale approuvait un financement destiné précisément à déplacer cette ligne.
Ce qui arrive en face
Le 15 janvier 2026, la Banque mondiale a approuvé cent millions de dollars, sur ressources de l’Association internationale de développement, pour le projet de développement de l’entrepreneuriat féminin et d’accès au financement, connu sous l’acronyme WEDAF. Le programme vise plus de dix mille micro, petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes. Il prévoit la création d’un centre d’affaires dédié aux femmes, des prêts, de la formation, du mentorat, de l’assistance technique, une préparation à l’investissement et un volet d’accès aux marchés. La Société financière internationale et le gouvernement béninois en sont les partenaires.
« Lorsque les entrepreneures accèdent au financement, à la formation et au mentorat, la performance des entreprises et la création d’emplois augmentent significativement », a déclaré Mamadou Tanou Baldé, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Bénin par intérim. En septembre 2026, la presse béninoise chiffrait l’enveloppe à 56,5 milliards de francs CFA, déployés sur six ans.
Le verrou n’est pas seulement l’argent
Deux autres chiffres éclairent le premier. Au Bénin, 12,4 % seulement des entreprises dirigées par des femmes disposent d’un statut formel. Et les femmes y présentent un risque d’exclusion du système bancaire formel supérieur de 45 % à celui des hommes, selon la stratégie nationale d’inclusion financière 2023-2027.
Mis bout à bout, ces trois nombres décrivent une mécanique, pas une malchance. Le crédit suppose un statut. Le statut suppose des papiers. Les papiers supposent du temps, des frais et souvent une adresse commerciale. À chaque marche, une proportion de femmes décroche. Quand le prêt devient théoriquement accessible, l’essentiel du tri a déjà eu lieu en amont.
Cela pose une question simple à tout programme de financement : à qui l’argent arrive-t-il réellement ? Un dispositif qui prête sans traiter la formalisation prête, par construction, aux 12,4 % déjà formalisées. Ce n’est pas inutile, mais ce n’est pas la même ambition.
Où se situe le Bénin
Le pays ferme la marche des cinq marchés d’ELLE Afrique francophone sur la détention d’un compte : 52 % des adultes, contre 76 % au Sénégal, selon le Global Findex 2025 de la Banque mondiale. Dans le même temps, 77 % des adultes béninois possèdent un téléphone mobile. L’équipement est là, l’accès financier suit de vingt-cinq points.
Ce qu’il faudra regarder
Trois indicateurs diront si ces cent millions ont déplacé la ligne des 3,9 %. La part de l’enveloppe effectivement décaissée en prêts, et non en assistance technique. Le nombre d’entreprises nouvellement formalisées, et pas seulement accompagnées. Et la tenue de la cible de dix mille entreprises sur six ans, qui suppose un rythme de plus de mille six cents par an.
Un programme se juge à la marche qu’il fait franchir, pas au montant qu’il annonce.
Sources : Banque mondiale, communiqué du 15 janvier 2026 ; Société financière internationale ; stratégie nationale d’inclusion financière du Bénin 2023-2027 ; Global Findex 2025 ; La Nouvelle Tribune, septembre 2026.