LE CHIFFRE. Douze points. C’est la différence entre la part d’hommes et la part de femmes qui détiennent un compte, banque et mobile money confondus, en Afrique subsaharienne. La donnée vient du Global Findex 2025 de la Banque mondiale, publié en mai 2025 à partir d’enquêtes menées en 2024. Elle représente le double de l’écart moyen observé dans les économies en développement.
Le contexte
79 % des adultes dans le monde détiennent aujourd’hui un compte. En Afrique subsaharienne, la médiane des trente-cinq pays enquêtés s’établit à 56 %. Dans les cinq marchés que couvre ELLE Afrique francophone, le classement est le suivant.
- Sénégal : 76 %
- Gabon : 68 %
- Cameroun : 61 %
- Côte d’Ivoire : 58 %
- Bénin : 52 %
Mettez en regard le taux de détention d’un téléphone mobile et le tableau change de nature. Côte d’Ivoire : 89 % de téléphones pour 58 % de comptes. Sénégal : 87 % pour 76 %. Gabon : 87 % pour 68 %. Cameroun : 78 % pour 61 %. Bénin : 77 % pour 52 %.
L’écart le plus large est ivoirien : trente et un points entre le nombre de personnes équipées d’un téléphone et le nombre de personnes détentrices d’un compte. L’infrastructure n’est donc pas l’obstacle. Le téléphone est là. Le compte, non.
Le paradoxe
La deuxième lecture est plus dérangeante. Entre 2021 et 2024, la détention d’un compte mobile money en Afrique subsaharienne est passée de 27 % à 40 % des adultes. Pendant la même période, l’écart entre femmes et hommes s’est creusé : les femmes sont passées de 20 % à 25 % moins susceptibles d’en détenir un, selon l’analyse que la GSMA a tirée du Findex 2025.
Autrement dit, le marché a gagné treize points d’adoption, et les femmes en ont capté une part moindre que les hommes. La croissance seule ne referme rien. Elle amplifie l’écart existant.
Les deux exceptions, et elles sont chez nous
Sur les vingt-neuf marchés subsahariens enquêtés, l’écart s’est réduit dans environ deux tiers d’entre eux et s’est élargi dans dix. Le Togo a vu le sien presque doubler, de 23 % à 43 %.
Deux marchés vont franchement dans l’autre sens, et ce sont deux des nôtres. Au Sénégal, l’écart est tombé de 27 % à 12 % entre 2021 et 2024. En Côte d’Ivoire, il a reculé de vingt-six points sur la même période.
La conséquence
Ces deux trajectoires valent démonstration. L’écart n’est pas une fatalité démographique, c’est un résultat de politique. Il se referme quand quelqu’un décide de le refermer, et il se creuse quand on laisse le marché faire seul.
Le Bénin, qui ferme ce classement, vient précisément de recevoir cent millions de dollars destinés à ses entrepreneures. Pour les femmes qui entreprennent dans nos cinq marchés, cela déplace la question. Elle n’est plus de savoir quand la technologie arrivera : elle est arrivée. Elle est de savoir qui conçoit les produits, qui fixe les conditions d’ouverture d’un compte, qui exige une pièce d’identité que beaucoup de femmes ne possèdent pas, et qui décide que la trajectoire sénégalaise est reproductible ailleurs.
Sources : Global Findex 2025, Banque mondiale, données collectées en 2024, publication mai 2025 ; analyse GSMA Mobile for Development du Global Findex 2025.