Evelyne Dioh, WIC Capital : financer ce que les banques ne financent pas

Evelyne Dioh Simpa, portrait en buste sur fond gris foncé, chemisier vert émeraude et boucles d’oreilles dorées

LES PATRONNES. À Dakar, Evelyne Dioh Simpa conduit l’équipe de gestion de WIC Capital, un fonds d’investissement dont la règle d’entrée tient en une ligne : l’entreprise doit être fondée par une femme, détenue à 50 % au moins par des femmes, ou reposer sur une chaîne de valeur majoritairement féminine. Le reste est négociable, y compris le secteur. Ce n’est pas une charte, c’est un filtre d’investissement.

Du contrôle interne au capital-investissement

Le parcours est celui d’une technicienne de la finance, pas d’une militante devenue financière. Classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand à Paris, puis EDHEC Business School, où elle obtient un master en management et un MSc en contrôle de gestion. Elle entre à l’inspection générale du groupe Société Générale, fonction d’audit et de conseil qui envoie les jeunes cadres examiner les entités du groupe en France et à l’étranger. C’est le métier qui apprend à lire une entreprise par ses comptes et par ses failles.

Elle rejoint ensuite le FONSIS, le fonds souverain d’investissements stratégiques du Sénégal, comme chargée d’investissement. Sa biographie officielle, publiée par WIC Capital, indique qu’elle y a piloté plus de cent millions d’euros de transactions dans divers secteurs. Ce passage compte : il la place du côté de ceux qui décident où va l’argent, et non du côté de ceux qui le demandent.

Evelyne Dioh, WIC Capital : la règle des 50 %

L’histoire commence avant le fonds. Le Women’s Investment Club Sénégal est lancé le 8 mars 2016 à Dakar, dans les locaux de l’antenne nationale de la Bourse régionale des valeurs mobilières, sous la présidence de Madji Sock. Des femmes mettent leur propre argent en commun avant d’aller chercher celui des institutions. L’ordre des opérations n’est pas anecdotique : le capital des femmes est arrivé avant celui des bailleurs.

WIC Capital naît de ce club en mars 2019. Le fonds se présente comme le premier de l’Afrique de l’Ouest francophone consacré exclusivement aux entrepreneures. Il indique investir des tickets compris entre 100 000 et 2 millions d’euros, se déclare agnostique sur le plan sectoriel, et intervient au Sénégal et en Côte d’Ivoire, avec une extension annoncée à l’ensemble de l’Afrique francophone. Deux véhicules coexistent, un Fonds I et un Fonds II, dotés de comités d’investissement distincts. Thiaba Camara Sy, figure du conseil et de l’audit à Dakar, y occupe les fonctions de directrice des opérations et d’associée.

Ce que le mécanisme produit

Le dispositif ne se limite pas au chèque. WIC Académie, le volet d’assistance technique, prend en charge le renforcement des capacités des dirigeantes financées. C’est la réponse à l’objection standard des investisseurs, selon laquelle les dossiers portés par des femmes seraient moins bancables : le fonds traite cette objection comme un problème de préparation et non de potentiel, puis finance la préparation.

Le portefeuille public affiche des entreprises réelles et modestes : COSENA (Esteval) dans l’agroalimentaire, Wood Packaging Industry dans l’emballage et le recyclage, Green Casamance Cosmetics dans la cosmétique, toutes sénégalaises. Rien de spectaculaire, et c’est le point. En avril 2023, African Business rapportait 97 membres au club, une contribution d’entrée de 5 millions de francs CFA puis 100 000 francs CFA par mois, et environ 3 millions de dollars investis avec des co-investisseurs dans sept PME sénégalaises. Ces chiffres sont ceux d’un acteur qui construit une classe d’actifs, pas d’un acteur qui distribue des subventions.

Ce que le modèle ne résout pas

Un ticket plancher de 100 000 euros exclut mécaniquement la très grande majorité des entreprises dirigées par des femmes dans la région, qui relèvent de la microentreprise et souvent de l’informel. WIC Capital ne traite donc pas le problème de masse. Il traite le segment intermédiaire, celui des PME déjà structurées, que les banques jugent trop risquées et que les fonds classiques jugent trop petites. Le segment est étroit, et c’est précisément celui où se fabrique la propriété du capital.

La démonstration porte donc moins sur le nombre d’entreprises financées que sur l’existence du véhicule lui-même. Une entrepreneure sénégalaise qui cherche 300 000 euros de fonds propres dispose désormais d’un interlocuteur dont c’est précisément le métier. L’écart d’accès au compte et au crédit reste massif à l’échelle du continent, mais il se réduit là où quelqu’un a pris la peine de construire l’intermédiaire manquant.

Sources : WIC Capital, page « À propos » ; WIC Capital, biographie d’Evelyne Dioh ; WIC Capital, portefeuille ; Financial Afrik, 7 mars 2016 ; African Business, avril 2023 ; Africa Growth Fund, fiche WIC Capital.

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La rédaction

ELLE Afrique francophone, seule édition continentale d'ELLE en Afrique, fait entendre les femmes, les artistes et les visions qui écrivent l'Afrique souveraine, créateurs émergents, artistes, lieux et influenceurs locaux, avec l'exigence d'ELLE et la puissance du continent.

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