Dans une interview intime accordée à Jay Shetty, Oprah Winfrey revient sur les blessures de son enfance, les violences sexuelles qu’elle a subies, sa grossesse à 14 ans et la culpabilité qui l’a suivie pendant des années. À 72 ans, la reine américaine des médias raconte comment elle a fini par se libérer de la honte et par regarder son histoire différemment.
On connaît l’animatrice devenue une institution de la télévision américaine, la productrice, la femme d’affaires et la philanthrope. Mais dans un long entretien accordé au podcast On Purpose with Jay Shetty, diffusé le 16 septembre, elle revient sur ce qui s’est passé bien avant le succès. Pendant près d’une heure et demie, Oprah Winfrey évoque son enfance dans le Mississippi et parle des violences sexuelles qu’elle a subies, de sa grossesse à 14 ans, mais aussi de la honte qui l’a accompagnée durant une grande partie de sa vie. Derrière sa réussite exceptionnelle, Oprah raconte l’histoire d’une enfant, puis d’une adolescente, qui a longtemps cru qu’elle devait prouver qu’elle était quelqu’un de bien.
Une culpabilité qui ne lui appartenait pas
Oprah Winfrey passe les premières années de sa vie chez sa grand-mère, dans le Mississippi rural, dans une maison sans eau courante ni électricité. Petite, elle se souvient déjà d’avoir eu une certitude : la vie que les adultes imaginaient pour elle ne serait pas la sienne. Mais son enfance bascule lorsqu’elle subit des violences sexuelles à partir de l’âge de 9 ans. Oprah en avait déjà parlé publiquement mais ce qu’elle raconte cette fois, c’est la culpabilité qu’elle a ressentie après les faits. L’un de ses agresseurs avait commencé par lui chatouiller les pieds avant que ses gestes deviennent sexuels. Pendant des années, elle s’est reproché d’avoir apprécié ces premiers moments. Une idée s’était installée : puisqu’elle n’avait pas immédiatement rejeté cette attention, n’avait-elle pas une part de responsabilité dans ce qui avait suivi ?
Il lui faudra attendre l’âge adulte pour comprendre ce qui s’était réellement joué.
Alors qu’elle anime une émission consacrée aux violences sexuelles sur mineurs, elle entend un agresseur expliquer comment il gagnait la confiance des enfants avant de franchir progressivement les limites. Oprah comprend alors qu’elle avait elle-même été victime de ce mécanisme. L’enfant qu’elle était n’avait rien provoqué. Un adulte avait gagné sa confiance avant d’en abuser. Cette prise de conscience change le regard qu’elle pose sur son enfance. Une culpabilité qu’elle avait gardée pendant des décennies commence enfin à disparaître.
À 14 ans, une grossesse vécue dans la honte
À 14 ans, Oprah Winfrey tombe enceinte. Son bébé, un garçon, meurt peu après sa naissance. Avant que son père ne découvre sa grossesse, une phrase de celui-ci lui fait comprendre ce qu’une grossesse hors mariage représente à ses yeux : une honte pour toute la famille. Lorsqu’elle réalise qu’elle est elle-même enceinte, l’adolescente se retrouve donc avec cette peur en tête.
Après la mort de son enfant, son père lui parle d’une « seconde chance ». Oprah se jette alors dans les études. Elle travaille, participe à des concours d’éloquence, accumule les bons résultats et cherche constamment à exceller. Avec le recul, elle relie cette période à son besoin de montrer qu’elle avait de la valeur. Réussir ne consistait pas seulement à construire son avenir. C’était aussi une manière de se convaincre qu’elle méritait sa place.Son témoignage dit quelque chose de cette exigence que beaucoup de femmes connaissent : devoir être brillante, travailleuse, irréprochable. Comme si faire toujours plus pouvait suffire à réparer ce que l’on croit, à tort, avoir à se faire pardonner.
Le secret qu’elle redoutait de voir révélé
Des années passent et Oprah Winfrey devient l’une des animatrices les plus célèbres des États-Unis. Mais une partie de son histoire reste inconnue du public : sa grossesse à 14 ans. Jusqu’au jour où sa demi-sœur vend l’information au tabloïd américain National Enquirer. Lorsqu’elle l’apprend, Oprah est persuadée que sa carrière est terminée. Son avocat lui avait auparavant conseillé de ne jamais parler de cet épisode de sa vie. Elle imagine donc le scandale, le jugement du public et tout ce qu’elle a construit en train de s’écrouler.
L’article paraît et la catastrophe qu’elle attend n’arrive pas. Ce moment devient même un tournant. Ce secret qui lui faisait peur n’en est plus un et elle n’a plus à vivre avec l’idée que quelqu’un puisse un jour le révéler à sa place. Elle commence alors à parler plus librement de son passé et découvre que son témoignage trouve un écho chez de nombreuses femmes. L’histoire qu’elle avait cachée parce qu’elle craignait le jugement devient l’une de celles qui créent le plus de liens avec son public. Ce qu’elle croyait capable de la détruire lui enlève finalement un poids.
Réussir, mais pour quoi ?
L’interview ne s’arrête pas aux blessures de son enfance. Oprah revient aussi sur une question qui a changé sa manière de travailler : qu’est-ce qu’elle voulait réellement faire de sa réussite ? Après plusieurs années à la tête de son talk-show, elle ne veut plus simplement enchaîner les émissions, rencontrer son public et signer des autographes. Elle veut écouter les personnes qui viennent à elle.
Chez les femmes qu’elle rencontre, une question revient souvent. Elles ont suivi le chemin qu’on leur avait indiqué : travailler, se marier, avoir des enfants, s’occuper de leur famille. Sur le papier, tout va bien. Pourtant, certaines se demandent : « Est-ce que c’est tout ? » Ces échanges vont modifier le contenu de son émission. Oprah s’intéresse de plus en plus à ce qui donne du sens à une vie, plutôt qu’aux seuls signes extérieurs de réussite. Elle parle aussi beaucoup d’intuition. Cette « petite voix » que l’on entend, dit-elle, mais que l’on choisit parfois d’ignorer parce que les avis des autres font davantage de bruit. Certaines de ses plus grandes erreurs, explique-t-elle, sont arrivées lorsqu’elle savait déjà, au fond, qu’une décision n’était pas la bonne.
En Afrique du Sud, une leçon de Maya Angelou
Cette question du sens rejoint aussi l’un des grands projets de la vie d’Oprah Winfrey. En 2007, elle ouvre près de Johannesburg l’Oprah Winfrey Leadership Academy for Girls, une école destinée à offrir une éducation de haut niveau à des jeunes filles sud-africaines issues de milieux défavorisés. Un projet né après une promesse faite à Nelson Mandela. Après l’ouverture de l’école, Oprah raconte à son amie et mentor Maya Angelou qu’elle pense avoir trouvé ce qui restera comme son plus grand héritage.
Maya Angelou la corrige. On ne peut pas savoir quel sera son héritage, lui explique-t-elle. Il ne se limite pas à une école, à une émission ou à une réussite visible. Il existe aussi dans toutes les personnes que l’on a touchées, parfois sans même le savoir. Des années plus tard, Oprah Winfrey revient encore à cette leçon.
Elle qui a passé une partie de sa jeunesse à essayer de prouver sa valeur semble aujourd’hui beaucoup moins intéressée par ce qu’il reste à accomplir que par ce qu’elle peut transmettre. Et après une vie passée à interviewer les autres, c’est aussi ce qui rend cet entretien différent : cette fois, Oprah ne raconte pas seulement comment elle a réussi. Elle raconte ce qu’il lui a fallu des années pour comprendre sur elle-même.
À lire aussi : La force tranquille : ces Africaines qui réinventent la réussite