Le paradoxe des formules : le ruban rose sur le flacon, mais qu’y a-t-il dedans ?

Depuis le début du mois , une question circule chez les internautes : et si, cet Octobre rose, on regardait de plus près nos produits, leurs engagements et leurs formules autant que les campagnes ?

Un ruban, une question

Que l’on achète son rouge à lèvres dans un centre commercial d’Abidjan, sa crème chez une revendeuse de Cotonou ou son huile dans un souk de Casablanca, le geste est le même : on regarde l’avant. Rarement l’arrière, où la liste INCI (la carte d’identité du produit) détaille la composition. Le cancer du sein n’est pas une maladie d’ailleurs étant donné qu’il touche les femmes de tout le continent, et il est trop souvent découvert tard, faute de dépistage accessible ou par crainte d’en parler. Parler de beauté en octobre n’est surtout pas futile, c’est une porte d’entrée vers la prévention.

Pourquoi la composition des produits intéresse ? Parce qu’une grande partie des cancers du sein est hormonodépendante : les œstrogènes favorisent la croissance de certaines cellules. D’où l’intérêt des chercheurs pour les perturbateurs endocriniens. Qu’est ce qu’un perturbateur endocrinien ? Ce sont des substances capables d’imiter ou de brouiller les hormones, présentes dans certains cosmétiques, dans les plastiques, les pesticides ou les emballages.Ce qu’on sait, c’est que ces substances interagissent directement avec le système hormonal, mais ce qu’on ne sait pas, c’est à partir de quelle dose courante cela devient alarmant.

Chaque région a ses rituels, prenez l’Afrique de l’Ouest par exemple, C’est la région du « je mélange mes produits » ou « je les superpose », crème, huile, parfum, déodorant, soin capillaire, souvent d’origines différentes. Le sujet à creuser ici est l’effet cumulé de ceux- ci. Chaque produit peut être conforme, mais combien en utilisons-nous par jour ?

En Afrique centrale, il y a des marchés foisonnants et une forte culture de la coiffure. Le sujet à creuser est sur les défrisants et colorations. Des études ont observé une association entre usage fréquent et sur-risque, notamment chez les femmes noires. Ce n’est pas une preuve directe de causalité, mais cela mérite d’être connu.

Les pays des Grands Lacs (RDC, Rwanda, Burundi, etc), est un marché en structuration, entre produits importés et initiatives locales. Le sujet à creuser demeure l’accès à l’information. Une lectrice peut-elle déchiffrer sa liste d’ingrédients dans sa langue ?

Certains mots reviennent régulièrement dans la cosmétique parce qu’ils sonnent rassurant pour le consommateur mais en réalité ne prouvent absolument rien. Le mot naturel dans les produits. Combien de pourcents d’ingrédients naturels faut-il pour qu’un produit soit appelé naturel ? 50 % ? 90 % ? La réponse surprend : aucun seuil légal n’existe vraiment. Chacun peut l’écrire sur son flacon s’il a un minimum de 20 % d’ingrédients naturels ou d’origines naturels ou bio.Par ailleurs, Naturel  ne veut pas toujours dire sûr  : l’huile essentielle, le henné noir ou certains extraits de plantes peuvent allergiser ou être toxiques.

Un autre exemple avec le « Sans sels d’aluminium » n’est pas une preuve de sécurité : c’est une absence de preuve de danger, pas un test de bienfait car la pierre d’alun n’est pas «  sans aluminium », c’est précisément un sel d’aluminium d’origine minérale

La mention « 0 paraben ». Celui-ci compte parmi les conservateurs les plus controversés et c’est en même temps le plus étudié et le moins allergisant paradoxalement. Sa mauvaise réputation vient de sa détection dans des tissus mammaires, sans causalité démontrée pour l’instant. Il faut noter qu’écrire sans paraben ou 0 paraben sur un produit ne veut pas dire qu’il n’y en a pas car un produit sans conservateur, se contamine rapidement.Ils peuvent être même remplacés par un conservateur plus dangereux que le paraben mais aujourd’hui, de plus en plus, il se fait remplacer par d’autres types de la famille des paraben : le Phénoxyéthanol avec un maximum autorisé de 1%.

Lire une étiquette en 4 points

–       Les ingrédients sont classés du plus concentré au moins concentré alors le bon alors le bon actif placé en fin de liste est présent en très faible quantité

–       Une liste courte n’est pas forcément meilleure, une liste longue pas forcément mauvaise.

–       Pas de liste, pas d’achat.

–       Dans le doute, posez la question à la marque ou faire des recherches

La minorité dont on ne parle pas

Le cancer du sein touche aussi les hommes. Il est rare, de l’ordre de 1 % des cas selon les estimations courantes, mais il existe. Et c’est précisément sa rareté qui le rend dangereux : on n’y pense pas. Les hommes consultent tard, parfois par pudeur, parfois par méconnaissance.

Le rose d’octobre a réussi quelque chose de rare : il a fait parler d’un sujet que l’on murmurait. Il a ouvert des conversations dans les salons, les bureaux, les marchés, jusque dans les familles où l’on n’osait pas prononcer le mot « sein ». C’est une victoire, et personne ne devrait la minimiser.Mais un symbole n’est qu’un point de départ. Il ne dépiste pas, il ne soigne pas, et il ne dit rien de ce que la marque devant met dans ses flacons, ni de ce qu’elle fait le 1er novembre. Ce travail-là nous revient, à nous qui lisons les étiquettes, qui posons les questions, qui prenons rendez-vous, et qui en parlons à nos mères, à nos sœurs, à nos pères, à nos frères.Le vrai changement ne viendra ni d’un boycott, ni d’une collection capsule. Il viendra d’un réflexe devenu normal : retourner le flacon, comme on regarde le prix.

À lire aussi : Et  si votre afro était votre meilleur accessoire ? 6 façons d’en faire le point focal de votre look

Vous pourriez être intéressé par

Recevez les dernières nouvelles

S'inscrire à la newsletter

Recevoir des notifications sur les nouveaux articles.

Newsletter Form
ELLE COLLECTIVE

Rejoindre ELLE ESSENTIEL

Accéder à la newsletter chaque semaine et restez connecté en un clic.

Abonnement à ELLE ESSENTIEL
Avec des avantages exclusives

Rejoignez ELLE COLLECTIVE

Recevez en exclusivité votre numéro !
Une communauté qui célèbre la diversité, l’excellence et l’énergie vibrante de la femme d’aujourd’hui.

DEMANDE D'ABONNEMENT ELLE PRESTIGE

Renseignez le formulaire suivant pour faire votre demande d’abonnement annuel à ELLE COLLECTIVE

Questionnnaire de candidature ELLE PRESTIGE