Elle a quitté le droit pour travailler dans la mode, avant de créer l’un des événements les plus importants du secteur en Afrique. Quinze ans après le lancement de la Lagos Fashion Week, l’entrepreneuse nigériane Omoyemi Akerele continue d’aider les créateurs africains à développer leurs marques. Portrait d’une femme qui a fait de la mode son métier, mais aussi un projet économique.
En octobre, quand les défilés commencent à Lagos, Omoyemi Akerele a déjà passé plusieurs mois à préparer l’événement. Elle connaît les difficultés des créateurs nigérians, notamment lorsqu’ils cherchent des financements, des fabricants ou des boutiques pour vendre leurs vêtements. C’est pour répondre à ces problèmes qu’elle a créé la Lagos Fashion Week en 2011. Aujourd’hui, l’événement réunit des marques venues de plusieurs pays africains et attire des professionnels de la mode du monde entier.
Pourtant, Omoyemi Akerele ne se destinait pas à cette carrière. Elle a étudié le droit à l’université de Lagos, puis obtenu un master en droit économique international à l’université de Warwick, au Royaume-Uni. Elle a ensuite travaillé dans un cabinet d’avocats nigérian avant de démissionner en 2004. À l’époque, elle cherche surtout un métier dans lequel elle pourra davantage s’épanouir. Elle commence par travailler dans le conseil en image, puis rejoint le magazine True Love West Africa, où elle devient rédactrice mode. Cette expérience lui permet de rencontrer des créateurs et de mieux comprendre leur quotidien. Elle découvre notamment que beaucoup ont du talent, mais manquent de moyens pour fabriquer leurs collections en quantité suffisante ou les vendre à l’étranger.
Comment elle a lancé la Lagos Fashion Week
Omoyemi Akerele décide alors de créer Style House Files, une agence qui accompagne les marques dans leur développement. Elle veut aider les créateurs à construire une entreprise solide, plutôt que de se concentrer uniquement sur leurs défilés.
Lorsqu’elle imagine la Lagos Fashion Week, elle doit d’abord convaincre les entreprises de financer son projet. Plusieurs refusent, car elles ne voient pas encore la mode comme une activité économique intéressante. Elle continue de présenter son idée jusqu’à obtenir le soutien de l’opérateur téléphonique MTN.
La première édition a lieu en 2011, sous le nom de Lagos Fashion and Design Week. Pendant quatre jours, plus de vingt créateurs présentent leurs collections. Omoyemi Akerele souhaite que les marques puissent rencontrer des acheteurs et des journalistes, mais aussi trouver de nouvelles possibilités de distribution.
Son travail contribue ensuite à faire connaître des créateurs comme Kenneth Ize et Orange Culture, dont les collections ont également été présentées à l’étranger.
Une entrepreneuse qui veut aussi changer la fabrication des vêtements
Pour Omoyemi Akerele, organiser des défilés ne suffit pas. Les marques doivent pouvoir produire leurs vêtements localement et employer des personnes formées aux métiers du textile.
Avec SHF Trains, elle développe des formations destinées aux professionnels de la confection au Nigeria. Elle crée aussi Fashion Focus, un programme qui aide les jeunes créateurs à développer leur activité.
En 2018, elle lance Green Access, destiné aux marques qui souhaitent travailler autrement. Les participants apprennent notamment à limiter les déchets textiles, à réutiliser des matières et à réfléchir à la durée de vie de leurs vêtements.
Ce travail lui vaut plusieurs reconnaissances internationales. En 2025, le magazine TIME la classe parmi les cent personnalités les plus influentes dans le domaine du climat. La même année, la Lagos Fashion Week figure parmi les finalistes du prix Earthshot, qui récompense des initiatives environnementales. Omoyemi Akerele rejoint également le programme Climate Fellows de l’université Yale.
Quinze ans après, elle prépare toujours la suite
La Lagos Fashion Week a beaucoup grandi depuis sa première édition. En 2025, elle a réuni plus de 60 créateurs et environ 15 000 visiteurs sur cinq jours. L’événement est devenu un moyen pour les marques africaines de rencontrer de nouveaux clients, mais Omoyemi Akerele continue de travailler sur les difficultés qui freinent leur développement.
Du 28 octobre au 1er novembre 2026, elle retrouve Lagos pour une nouvelle édition consacrée aux techniques artisanales et aux méthodes de fabrication. Un thème qui correspond au travail qu’elle mène depuis quinze ans.
Son objectif reste de permettre aux créateurs africains de vivre de leur travail, de fabriquer leurs vêtements dans de bonnes conditions et de trouver leur place sur le marché international. Car derrière les défilés qu’elle organise chaque année, Omoyemi Akerele cherche surtout à construire une industrie capable de durer.
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