Cofondateur et maître de cérémonie du Marrakech Comedy Festival, dont la première édition se tiendra du 4 au 6 juin 2026, Malik Bentalha entend ouvrir un nouveau chapitre de l’humour francophone et arabophone. Il nous dévoile sa vision d’un rendez-vous appelé à compter.
Pendant longtemps, Marrakech a été associée à l’un des événements les plus populaires de l’humour francophone. En juin 2026, la ville ocre accueillera un nouveau rendez-vous : le Marrakech Comedy Festival. Imaginé par Malik Bentalha et Karim Debbouzze, ce festival réunira pendant trois jours des artistes venus du Maroc, de France et d’ailleurs, autour de galas francophone et arabophone, de spectacles solo et de rencontres inédites.
À la fois cofondateur et maître de cérémonie de cette première édition, Malik Bentalha voit dans ce projet bien plus qu’une succession de spectacles. Pour l’humoriste, le festival doit devenir un lieu de transmission, de découvertes et de dialogue entre les cultures.

Le Marrakech Comedy Festival arrive forcément avec l’héritage du Marrakech du Rire en toile de fond. Comment vois-tu nouveau festival : comme une continuité, une évolution, ou une nouvelle page complètement différente ?
Le Marrakech du Rire a marqué une époque, il a permis à des millions de personnes de découvrir des artistes et il a donné à Marrakech une place particulière dans le paysage de l’humour francophone. Ça, personne ne pourra l’effacer. Mais une génération plus tard, le monde a changé, le public a changé, les artistes ont changé. Notre responsabilité n’est pas de reproduire ce qui a déjà existé mais de créer quelque chose qui corresponde à notre époque.
Donc je dirais que c’est à la fois une continuité dans l’esprit, celui du partage, de la fête et du rire, et une évolution dans la manière de raconter l’humour aujourd’hui. On n’est pas dans la nostalgie. On est dans la construction.
Tu es à la fois cofondateur du festival et maître de cérémonie. Comment tu vis cette double casquette ? Est-ce que ça change ton rapport à la scène et à l’événement ?
Ça change beaucoup de choses. Quand tu es uniquement artiste, tu penses à ton spectacle, à ton texte, à ton public. Quand tu participes à la construction d’un festival, tu penses à l’expérience globale. Je me surprends aujourd’hui à avoir autant de plaisir à voir un jeune artiste réussir son passage qu’à monter moi-même sur scène.
Être maître de cérémonie, c’est finalement le plus beau poste : tu es le lien entre tous les artistes, tous les publics, toutes les énergies. Tu donnes le ton. Tu racontes une histoire collective. Et puis il y a quelque chose d’assez émouvant à voir une idée devenir une réalité. Quand les lumières s’allument et que la salle est pleine, tu ne penses plus aux réunions, aux problèmes ou à la logistique. Tu te rappelles simplement pourquoi tu fais ce métier : pour créer des émotions.
Dans le projet, il y a une envie de faire dialoguer les scènes francophone et arabophone. Pourquoi c’était important pour toi de donner cette place à l’humour arabophone ?
Parce que le rire ne connaît pas les frontières mais les artistes, eux, en rencontrent encore beaucoup. Je trouve fascinant qu’un humoriste puisse parler de sa vie dans une langue différente et provoquer exactement la même émotion.
Le Maroc est un pont naturel entre plusieurs cultures. Il était logique que ce festival le devienne aussi. Donner une place forte à la scène marocaine et à l’humour arabophone, ce n’est pas faire un geste symbolique. C’est reconnaître une réalité : il existe aujourd’hui au Maroc et dans le monde arabophone un immense vivier de talents, une créativité incroyable et des publics passionnés qui méritent une visibilité internationale. Je crois profondément que la culture rapproche les gens plus vite que les discours. Quand une salle entière rit ensemble, les différences deviennent secondaires.

Le festival met aussi en avant des talents émergents aux côtés d’artistes déjà installés. Toi qui as connu cette ascension, qu’est-ce que tu as envie de transmettre à cette nouvelle génération d’humoristes ?
D’abord une chose très simple : il n’existe pas d’ascenseur. On voit souvent les succès mais rarement les années de doute, les salles à moitié vides, les bides, les remises en question. Aujourd’hui tout va plus vite grâce aux réseaux sociaux. Mais la vitesse ne remplace pas la profondeur.
Je leur dirais de ne pas chercher à devenir célèbres. Parce que la notoriété peut arriver très vite et repartir encore plus vite. Le travail, lui, reste. Et surtout, je leur dirais de protéger leur singularité. Dans un monde où tout pousse à ressembler aux autres, ce qui fait une carrière, c’est souvent ce qui nous rend différents.
Pressens-tu déjà chez certains de futures grandes carrières dans l’humour ?
Oui, évidemment. Mais avec l’expérience, j’ai appris à me méfier des pronostics. J’ai vu des artistes exploser très vite puis disparaître, et d’autres mettre dix ans avant de trouver leur public.
Le talent est indispensable, mais ce n’est pas ce qui fait les plus grandes carrières. La longévité dépend souvent d’autres qualités : la discipline, la curiosité, la capacité à se remettre en question et à continuer d’évoluer. Ce qui me rend optimiste aujourd’hui, c’est que je vois une génération extrêmement libre. Ils n’ont pas peur de mélanger les genres, les langues, les références. Cette liberté-là est souvent le signe de belles trajectoires.
Au-delà des spectacles, qu’aimerais-tu que le public retienne de cette première édition du Marrakech Comedy Festival ?
J’aimerais qu’il reparte avec le sentiment d’avoir assisté à la naissance de quelque chose. Pas seulement une succession de spectacles, mais un rendez-vous culturel qui a du sens.
Si dans quelques années les gens disent : « J’y étais lors de la première édition », alors nous aurons réussi. J’aimerais aussi qu’ils retiennent une idée simple : le rire n’est pas un divertissement mineur. C’est un langage universel. C’est une façon de créer du lien entre des personnes qui ne se connaissent pas, qui ne parlent parfois pas la même langue, qui n’ont pas le même parcours.
J’aimerais aussi qu’ils retiennent une idée simple : le rire n’est pas un divertissement mineur. C’est un langage universel. C’est une façon de créer du lien entre des personnes qui ne se connaissent pas, qui ne parlent parfois pas la même langue, qui n’ont pas le même parcours. Dans un monde où tout nous pousse à nous opposer, réussir à réunir des milliers de personnes autour d’un éclat de rire commun, c’est déjà une petite victoire. Et je crois que nous avons besoin de ce genre de victoires plus que jamais.
Pour sa première édition, le Marrakech Comedy Festival investira le Palais des Congrès de Marrakech du 4 au 6 juin 2026. Au programme : un gala francophone présenté par Malik Bentalha, un gala arabophone animé par l’humoriste marocain EKO, ainsi que plusieurs spectacles solo réunissant notamment Nordine Ganso, Meryem Benoua, Younes Hanifi et Mohamed Bassou. Avec des diffusions annoncées sur Disney+, TV5 Monde, France Télévisions et 2M, le festival affiche d’emblée une ambition internationale.
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