12 créateurs sénégalais, ivoiriens, nigérians et maliens posent leurs valises au cœur de l’Afrique de l’Est.
Nairobi, 9 mai 2026. Pendant que trente chefs d’État africains et européens se retrouveront au sommet Africa Forward pour signer des accords et parler infrastructure et intégration africaine, douze créateurs ouest-africains débarquent avec une autre idée de la conquête : leurs collections. Au programme, un pop-up retail à la Villa Rosa Kempinski, des panels et un runway show prévu le 12 mai.
L’initiative s’appelle Creations 4 Purpose, organisée par Brands on a Mission et le concept store dakarois Nahyel. Le principe ? Tester le marché est-africain en cinq jours. Voir si les Kenyanes, les Tanzaniennes, les Ougandaises ont envie de porter ce que Lagos, Dakar et Abidjan créent depuis des années.
« La créativité est la nouvelle infrastructure », Professeur Myriam Sidibé, fondatrice de Brands on a Mission
Quels sont les créateurs qui débarquent à Nairobi ?
Douze noms. Quatre pays. Une énergie commune : celle de créateurs qui ont construit leur marque sans attendre qu’on leur ouvre la porte. Roselynd Goudiaby (Nahyel, Sénégal) est à la fois organisatrice et créatrice, son concept store dakarois est devenu une référence pour les créateurs émergents de la région. Diana Stéphanie Gadie (Metys, Côte d’Ivoire) et Anna Joëlle Kouassi (Kanajo, également ivoirienne) représentent une nouvelle génération de designers qui veulent imposer une mode africaine contemporaine, urbaine, portable.
Omotoke Ogunwomoju (Seamstress, Nigeria) vient de Lagos avec son tailoring précis et architectural. Amina Dubrécq (Kumi, Mali) apporte le textile malien. Boubacar Touré (B.Touré, Sénégal), Pathé Dia (By Pathé, Sénégal), Safiatou Seck (Sarayaa, Sénégal), et les autres complètent une délégation qui prouve une chose : l’Afrique de l’Ouest a une industrie de la mode, pas juste des artisans.
Pourquoi Nairobi maintenant ?
Parce que l’Afrique de l’Est est le territoire que personne n’a encore vraiment travaillé. Pendant que Lagos, Dakar et Abidjan se connaissent par cœur, mêmes défilés, mêmes clients, mêmes circuits , Nairobi reste une page blanche pour la mode ouest-africaine. Les femmes y sont élégantes, urbaines, connectées. Elles voyagent, suivent les tendances internationales. Mais elles n’ont jamais vraiment eu accès à ce que l’Ouest du continent crée.
Mais le sommet Africa Forward offre une fenêtre. Des décideurs, des investisseurs, une diaspora africaine aisée qui revient au pays pour l’événement. Le Villa Rosa Kempinski, hôtel cinq étoiles au cœur de Nairobi devient pour cinq jours la boutique éphémère de toute une génération de créateurs.
Le pop-up comme laboratoire
Les pop-ups sont devenus le format de prédilection des créateurs africains pour tester de nouveaux marchés. Pour les créateurs présents, l’enjeu n’est pas juste de vendre pendant cinq jours. C’est de rencontrer les acheteurs locaux, les influenceurs, les stylistes, les médias. C’est de voir si leurs silhouettes parlent aux femmes de l’Afrique de l’est. C’est de comprendre si le style Dakarois fonctionne à Nairobi, géographiquement 2 villes africaines, mais culturellement différentes.
Le 10 mai, une journée entière sera consacrée aux sessions industrie : créateurs, influenceurs, stakeholders locaux se retrouvent pour parler collaboration, distribution, opportunités.
Ce que ça dit de la mode africaine aujourd’hui
Que les créateurs ne demandent plus la permission. Qu’ils construisent leurs propres circuits. Que la mode africaine n’attend plus qu’on la découvre, elle va chercher ses marchés elle-même. Nairobi cette semaine, peut-être Addis-Abeba ou Kigali l’année prochaine.
Les barrières existent encore, les taxes douanières sur le textile restent élevées entre pays africains, et la zone de libre-échange continentale qui devait tout simplifier tarde à changer concrètement les choses. Mais les créateurs avancent quand même. Parce qu’ils savent une chose : le marché est là. Les femmes africaines veulent s’habiller africain.
Une conviction : les créateurs sont une force économique, pas juste culturelle. Et ce pop-up n’est pas une vitrine, c’est un business test grandeur nature.
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