L’histoire des tresses africaines

Longues ou courtes, colorées ou tout simplement noires, traditionnelles ou revisitées, les
tresses se déclinent sous une multitude de formes. Face à tant de possibilités, le choix n’est pas
toujours facile. Pourtant, les tresses sont bien plus qu’une simple tendance capillaire. Derrière chaque coiffure se cachent des siècles d’histoire, héritées de traditions africaines et des luttes,
souvent ignorées par celles et ceux qui les portent.

Des siècles avant nous 

On entend souvent que la culture africaine est orale, entendez par là qu’elle se transmet par la parole, par le biais de récits racontés, dans le but de continuer d’exister. Ces récits nous apprennent que la tresse serait l’une des coiffures les plus anciennes du monde, remontant à la préhistoire. Dans une société hiérarchisée qui dépasse des critères esthétiques, elle permet de transmettre un message.

Chez les Égyptiens, la tresse servait à montrer son rang social, les plus aisés se coiffaient d’ornements comme la reine Cléopâtre. Dans d’autres civilisations, cela pouvait permettre de connaître l’état matrimonial, la religion ou encore l’ethnie. Il en existe une grande variété, chaque tracé, chaque style a une signification unique en fonction des peuples. C’est également un moyen pour les peuples de passer des heures ensemble à se coiffer, pour créer des liens au sein de la communauté.

Durant la période de l’esclavage et de la colonisation on rasait de force les cheveux des femmes
africaines avec une volonté de retirer leur identité et leur estime de soi, pour totalement les
déshumaniser. On passe alors d’un symbole culturel à un marqueur de servitude et de domination.
Conscient que les cheveux représentaient un symbole de beauté, les colons s’en sont servis pour
dévaloriser les esclaves physiquement en leur faisant croire que leurs cheveux étaient sales et
sauvages.

Les femmes noires n’avaient ni le droit de lire, ni d’écrire, ni tout simplement de communiquer.
Elles ont alors décidé d’utiliser les tresses comme un outil de résistance, un moyen de
communication. Avec les coiffures elles dessinaient des cartes, des plans pour s’échapper de la
plantation. Les tracés représentaient les chemins à emprunter, des nattes plus épaisses ou plus fines,
des zigzags ou d’autres formes. Dans les tresses, elles conservaient également de l’or et cachaient
des graines qui, à long terme, les aidaient à survivre après leur fuite.

Cheveux et fierté 

Des années plus tard, les personnes noires ont décidé de se réapproprier leur héritage après ces périodes d’oppression. Dans les années 60-70, ces cheveux qu’on a tenté de stigmatiser, sont le symbole d’un mouvement d’émancipation aux États-Unis, du nom de Black is beautiful, qui fait également écho au mouvement des Black Panthers, durant la même période. Incarné par des militants et militantes noires qui revendiquent l’afro et les tresses.

C’est le photographe Kwame Brathwaite, originaire de Brooklyn, qui devient une figure visuel de ce
mouvement. Il photographie les moments-clés et les figures emblématiques de la communauté afroaméricaine. Le but est d’affirmer, que les corps, les cheveux et les cultures noires doivent être
source de fierté, en opposition avec l’esthétique de beauté blanc imposé par la société.

Fin des années 90, les mouvements musicaux tels que le hip-hop et le RnB et les icônes influentes
afro-américaines de cette époque comme Alicia Keys ou Brandy ont permis de démocratiser les
tresses à une échelle mondiale. La mise en lumière par ces artistes portant fièrement leur coupe de
cheveux, influence la jeunesse de l’époque.

Un style défendu 

Les tresses relèvent donc de la transmission, issus des ancêtres, les générations continuent de reproduire cet art. Plus jeunes, les coupes de cheveux sont faites par les mamans, ou un membre de la famille, c’est un moment de partage. On peut replonger dans des souvenirs de jeunesse, à quelques jours de la rentrée scolaire avant la sixième, le passage capillaire est obligatoire.

Des larmes, des cris, un coup de peigne un peu trop fort, quelques heures de souffrance pour au final faire un grand sourire face à son reflet devant le miroir. On ressent de la fierté, on maintient un lien avec les ancêtres, on honore, on perpétue voire même on défend. Aujourd’hui les tresses sont très popularisées, de nombreux styles existent pour petits et grands, on apprend dès le plus jeune âge à prendre soin de ses cheveux naturels et à utiliser des coiffures protectrices.



De façon consciente ou non, on porte une histoire. C’est aussi pour cela que certains voient mal le fait que des personnes blanches portent des tresses et considèrent ça comme de l’appropriation culturelle. C’est-à dire, le fait qu’un patrimoine d’une culture historiquement dominée soit utilisée par un groupe dominant pour en faire du profit. On aime avoir des nouvelles tresses sur nos têtes, mais au moment de les retirer c’est une tout autre histoire. Présente depuis toujours, sans forcément en connaître son origine. Si l’histoire de l’Afrique se raconte, alors parlons-en.

À lire aussi : La renaissance de l’artisanat traditionnel africain: l’ère du néo fashion Amazigh

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