La couleur de peau est-elle un héritage?

Peut-on considérer une couleur de peau comme un héritage, une transmission, une succession ? Ce mot peut en réalité soulever un ensemble de questionnements présent dans la vie d’une personne afro-descendante. Être une personne noire, peut avoir un sens qui lui est propre et ne relève pas forcément d’une couleur. Il n’y a pas de mode d’emploi, c’est ce que la série documentaire de TV5 Monde « Peaux noires : quel héritage ? » de Johanna Boyer-Diallo et Estelle Ndjandjo essaie de mettre en lumière.

Comme un reflet

Johanna Boyer-Diallo est une scénariste ivoirienne. Elle explique au début du premier épisode de la série que lorsqu’elle est tombée enceinte de son fils, une question lui est venue : « que veut dire transmettre un héritage ? ». C’est dans cette démarche de trouver la réponse pour son fils qu’elle s’est lancée avec son amie Estelle, journaliste anti-raciste et féministe, dans la création de cette série.

Celle-ci se compose de cinq épisodes qui durent entre 12 et 13 minutes, chaque épisode parle d’un thème, d’une problématique dans la vie d’une personne noire. Elles invitent un large panel de femmes, d’hommes, des personnes connues tel que : Aïssa Maïga, Rachel Keke, Just Shani et Tracy Gotoas ou des scientifiques, des inconnues ou encore une collégienne. Comme un reflet de la multitudes de teintes qui existent, on y voit des personnes plus foncées, plus claires, albinos, atteintes de vitiligo qui parlent face caméra d’évènements qu’ils ont pu vivre en lien avec leur mélanine, soit simplement une question de pigment. Tous sont d’origines différentes et ne sont pas forcément perçus de la même façon aux yeux de tous. Mais un souci reste le même : le regard des autres.

Cinq épisodes pour cinq problématiques, avec pour titres respectifs : Mélanine, La peau en héritage, Représentations, Le colorisme, et Empouvoirement .

Plus ou moins ?

Reprenons dans l’ordre de la série sur le sujet de la mélanine. C’est tout simplement scientifique : c’est le pigment qui produit différentes nuances de couleurs. Dans le cas d’une personne atteinte d’albinisme, cela est dû à une absence de mélanine.

Charles, originaire du Cameroun, est atteint d’albinisme. Il explique que dans certains pays, au Cameroun notamment, avoir cette différence peut-être synonyme de danger de mort ou de malédiction. La différence intrigue voire effraie, ce qui pousse même certaines personnes à lui demander s’il est réellement noir. Se pose alors la question de la définition d’une personne noire. Est-ce la société qui décide de ce qu’on est ou est-ce plutôt la façon dont on se perçoit ? Cette vision peut changer d’un pays à l’autre.

Le colorisme est un mot qui ne parle pas à tous et qui se définit par le fait de discriminer des personnes d’un même groupe ethnique selon leur nuance de teinte de peau. À l’époque de l’esclavage, les enfants métisses des esclavagistes avaient la possibilité d’être affranchis et bénéficiaient de privilèges. Ce qui instaurait donc une hiérarchie entre les esclaves plus clairs et les autres plus foncés. Aujourd’hui, on parle de « beauty privilège » pour les femmes métisses et de faciliter à trouver l’amour pour les hommes. Une idée intériorisée par certaines personnes qui pensent qu’il est préférable d’être plus claire pour être mieux acceptée dans la société ou considérée comme plus jolie.

Cette fausse image pousse certaines personnes noires à s’éclaircir la peau avec des produits chimiques, afin d’être mieux acceptées dans la société. Cela peut devenir une addiction dangereuse qui cause des dommages à la peau. En France les produits éclaircissants sont interdits.

En Afrique, on parle de la peau comme d’un héritage dont on a appris à prendre soin depuis des siècles grâce à des méthodes ancestrales. Comme le beurre de karité pour nourrir l’épiderme. Il y a également une notion plus profonde comme celle de la hiérarchisation des couleurs.

Lisa, collégienne noire de 12 ans, explique avoir ressenti l’envie de ressembler à ses copines blanches, pour être comme les autres et fuir les insultes et moqueries dont elle a pu être victime. Mais également fuir cette couleur, qu’elle n’a pas choisie et être comme les personnes qui l’entourent.

Qui pour me ressembler

Lorsqu’on se construit en tant qu’enfant on cherche des modèles. On cherche quelqu’un « comme nous », pour rêver, se projeter ou tout simplement ne pas se sentir seul. La question de la représentation est très importante chez les personnes afro-descendantes notamment.

Pendant longtemps, les personnes noires ont été tournées en dérision. Durant le XVIIIe siècle, des hommes blancs se grimer en noir lors de spectacles dans le but de faire rire en jouant sur des traits grossiers, sur des clichés, c’est le black-face. Dans le monde de l’audiovisuel par exemple, les personnages noirs étaient associées à de la violence, avec des rôles clichés qui les objectifiaient.

Au XXe siècle aux États-Unis, des artistes noirs commencent à émerger et permettent à la jeunesse de s’identifier. En France, il faut attendre la moitié du XXe siècle pour avoir les premières figures racisées qui émergent. Celles-ci sont majoritairement présentes dans le sport.

L’équipe de France de football de la promotion 1998 est une bonne illustration de cette représentation. Un premier pas vers une représentation. Mais celle-ci véhicule l’idée que la diversité est réservée au sport, appuyant l’idée que les noirs se sont bons qu’à courir et uniquement valorisés que pour leurs capacités physiques. Ces sportifs représentent la diaspora et permettent de diffuser une image différente de celle du clown grossier. Ils sont désormais valorisés, adulés et non plus moqués. Ce sont des personnes à qui on veut ressembler, qu’on veut voir, qu’on accroche en poster sur nos murs. Et ce changement va s’étendre au fil des années au-delà du sport.

Des figures d’une nouvelle génération

Chanteurs, acteurs, sportifs, mannequins ou directeurs artistiques : c’est l’émergence d’une nouvelle génération afro-descendante qui s’impose et modifie le paysage longtemps resté uniforme. Ils deviennent de véritable modèles auxquels se référer, ils deviennent des symboles, des idoles. Ils ne s’excusent pas d’être là et permettent ainsi de briser ce plafond de verre, tout en laissant leur empreinte.

Le mouvement Black Lives Matter, qui se traduit en français par « les vies des noirs comptent » lancé en 2013 aux États-Unis, est un mouvement social et politique qui lutte contre le racisme systémique. Il a eu l’effet d’un immense écho à travers le monde et à permis une forme d’émancipation de la population noir, dans de nombreux domaines. C’est une liste non exhaustive, mais on peut citer l’exemple de Moïse Kouamé, Eye Haïdara, Anok Yai, Théodora ou encore Omar Sy.

Toutes ces personnes représentent des modèles pour la nouvelle génération et montrent que les personnes noires peuvent être présentes dans tous les domaines, et que ce n’est plus juste une utopie, mais une normalité influente.

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