Dolly Parton s’est éteinte le 25 août 2026 à l’âge de 80 ans, laissant derrière elle bien plus que les tubes Jolene ou I Will Always Love You. Autrice déterminée à garder le contrôle de son œuvre, femme d’affaires et star qui a fait de son extravagance une force, l’icône de la country a aussi servi de modèle à plusieurs générations d’artistes noires. De Beyoncé à Mickey Guyton en passant par Rhiannon Giddens, elles racontent l’héritage de Dolly Parton : une femme qui avait compris très tôt que pour durer, il fallait rester maîtresse de son œuvre et de son image.
Dolly Parton, ou l’art de ne laisser personne décider de sa valeur
« L’étoile polaire. » C’est ainsi que Beyoncé a rendu hommage à Dolly Parton après sa mort. Elle salue une artiste qui lui a appris à être pleinement elle-même, mais aussi son humour, sa générosité et son sens des affaires.
Ce dernier point résume une grande partie de la carrière de Dolly Parton. Derrière son personnage ultra-glamour se cachait une femme qui savait exactement ce que valait son travail. Dans les années 1970, Elvis Presley souhaite enregistrer I Will Always Love You. Son entourage demande alors à Dolly Parton de céder la moitié des droits d’édition du morceau. Elle refuse, même si cela signifie renoncer à une reprise par l’une des plus grandes stars de l’époque. Le choix se révélera payant. En 1992, Whitney Houston reprend la chanson pour Bodyguard et en fait un succès mondial. Dolly Parton, restée propriétaire de ses droits, profite elle aussi de cet immense succès.
Cette indépendance ne concernait pas seulement sa musique. Partie d’un milieu très pauvre du Tennessee, elle a construit au fil des années un empire, jusqu’à créer son propre parc d’attractions, Dollywood.

Rhiannon Giddens, musicienne afro-américaine qui travaille depuis des années sur les racines noires de la country, a justement cité ce contrôle de son catalogue parmi les choses qu’elle admirait chez Dolly Parton. Elle a également salué sa façon très libre d’être une femme et une féministe. Car Dolly Parton n’a jamais essayé de gommer sa féminité pour être prise au sérieux. Elle a fait l’inverse : cheveux immenses, faux ongles, strass, décolletés… Elle contrôlait son image autant que ses chansons. Et derrière cette apparence, elle écrivait très tôt sur la vie des femmes. En 1968, Just Because I’m a Woman dénonçait déjà le fait qu’une femme soit jugée plus durement qu’un homme pour sa vie sexuelle. Avec Down from Dover, elle racontait l’histoire d’une jeune femme enceinte et abandonnée, malgré les réserves de son entourage professionnel. Une liberté artistique, financière et personnelle qui explique en partie pourquoi son modèle a dépassé le monde de la country.

De Mickey Guyton à Beyoncé, un modèle au-delà de la country
Mickey Guyton a grandi avec Dolly Parton. Enfant, la chanteuse noire américaine regardait chez sa grand-mère des vidéos de Dolly et Kenny Rogers. Dans sa chambre, elle essayait ensuite d’imiter les voix de ses idoles : Dolly Parton côtoyait Whitney Houston, Brandy, CeCe Winans ou Faith Hill.
Des années plus tard, lorsqu’elle tente de faire carrière à Nashville, Guyton découvre pourtant qu’une femme noire doit encore prouver qu’elle appartient à la country. Elle racontera avoir été confrontée à des professionnels qui mettaient en doute sa connaissance du genre et sa légitimité.
Beyoncé connaîtra elle aussi ce débat. Lorsque Texas Hold ’Em arrive en tête du classement country de Billboard en 2024 (une première pour une femme noire), sa place dans le genre est immédiatement discutée. Certaines radios country hésitent même à diffuser le morceau. Dolly Parton, elle, lui apporte rapidement son soutien. Elle se dit fière et enthousiaste de voir Beyoncé s’aventurer dans la country, avant de participer quelques semaines plus tard à Cowboy Carter.

Beyoncé y reprend Jolene, mais change une grande partie des paroles. La femme qui suppliait Jolene de ne pas lui prendre son compagnon chez Dolly devient une femme qui la met en garde. Parton accueille cette nouvelle version avec enthousiasme et la trouve « audacieuse ». Ce soutien compte dans un album où Beyoncé questionne justement la place des artistes noirs dans la country. Elle y fait notamment entendre Linda Martell, pionnière noire du genre, aux côtés de figures comme Willie Nelson et Dolly Parton.
Deux ans plus tard, l’hommage de Beyoncé permet de mesurer ce que Dolly représentait à ses yeux. Pas seulement une chanteuse dont elle avait repris un tube, mais une femme qui avait réussi à construire sa carrière sans laisser l’industrie décider à sa place.
C’est aussi ce que racontent les témoignages de Rhiannon Giddens ou Mickey Guyton. Trois artistes très différentes, mais qui ont trouvé chez Dolly Parton quelque chose qui dépassait largement la country : un exemple de liberté et d’indépendance dans une industrie qui aime décider à quoi une femme doit ressembler, ce qu’elle doit chanter et quelle place elle doit occuper.
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