Les femmes et les jeunes filles sont victimes de discriminations courantes en vue de leur genre mais aussi de leur état de santé. Là où la valeur de la famille devrait leur garantir la paix , face au handicap, les communautés et les décisions politiques ont des difficultés à prendre en main la situation. Du Sénégal à la Côte d’Ivoire, des femmes en situation de handicap déplacent les lignes et vont à la rencontre de ces minorités.
Cela peut se révéler à n’importe quel endroit, à n’importe quel moment, à l’entrée d’un dispensaire, lorsque la taille d’une marche est de quelques centimètres inadéquats, ou bien avec un document illisible. Ces contextes peuvent suffire à faire basculer une journée lorsqu’on manque d’outils quotidiens pour vivre dans un meilleur confort. Il arrive d’ailleurs, que l’on renonce à un ensemble de soins et d’accompagnements avant même d’avoir pu franchir le seuil d’une administration, car l’exclusion est déjà palpable dans le paysage. On voit alors que nos sociétés se construisent encore trop souvent sans tenir compte de la diversité des corps.
Bien que l’on s’attarde la plupart du temps sur les apparences, le spectre des handicaps est très vaste. Ce que l’on reconnaît est d’ordre cérébral, moteur , auditif, visuel, psychologique et physique. Qu’il soit moteur, sensoriel, intellectuel ou psychique, le handicap ne se vit pas de la même manière selon le lieu où l’on habite et les ressources dont on dispose.
Plus de 188 millions de personnes vivent avec un handicap dans la Région africaine de l’OMS. Pour les femmes et les jeunes filles, la difficulté change encore d’épaisseur: le genre, la précarité, la distance pour atteindre les services et l’exposition aux violences multiplient le nombre de risques d’invisibilisation face à ces problématiques. À Dakar, à Niamey ou encore Abidjan, lorsqu’on déplace le regard, au-delà de toute attente, des actions solidaires prennent forme.
Fatou Diop, Thérèse Niane, Mariéta Hann, Rabi Bahoudou, Aïssatou Sall et Brigitte Aké Mensah , sont toutes des rôles modèles qui occupent un autre dimension militante : celle où l’on travaille, traduit, plaide, soigne et décide comment aborder ces sujets. La question n’est plus seulement d’obtenir une place pour se faire entendre , mais de pouvoir comprendre les réglementations et de vérifier leur mise en œuvre.
Là où la seule frontière est la volonté
Selon l’OMS et la Banque mondiale, 20 % des femmes handicapées ont un emploi dans le monde, contre 53 % des hommes handicapés (rapport de 2012). Malgré l’écart incontestable de prise en charge, l’esprit entreprenenurail de la femme africaine fais honnneur à sa réputation, mais entreprendre par choix n’est pas la même chose qu’entreprendre faute d’alternatives professionnelles.
À Dakar, Fatou Diop, gestionnaire du “Comité des Femmes de la Fédération Sénégalaise des Associations de Personnes Handicapées” (FSAPH), s’engage dans le projet “Voix et leadership des femmes”. Une initiative financée par le gouvernement du Canada (via Affaires mondiales Canada) pour soutenir l’autonomisation des femmes et l’égalité des genres. Thérèse Niane, comptable de l’organisation, avance à ses côtés avec une idée simple, mais encore loin d’être acquise : “regarder les compétences avant les préjugés. “Le comité promeut l’intégration des jeunes femmes au sein des instances dirigeantes des organisations de la société civile” . Toutefois, le principal bilan fait remarquer la nécessité d’actions dans le renforcement des opérations de sensibilisation et dans la mobilisation de ressources, pour une inclusion concrète dans toute sphère socioculturelle, économique par des décisions politiques conséquentes.
Les associations proches de cette population ont un rôle crucial en marge des décisions étatiques, car elles font circuler leurs revendications mais aussi un savoir-faire en s’adaptant au terrain. Par exemple, “Enfants Soleil”, fondée par Adama Ndao, se dédie à faciliter le chemin de l’école aux enfants handicapés. Dans cette même dynamique, Aïssatou Sall intervient comme interprète en langue des signes, prenant donc la parole dans les espaces formels et informels. L’objectif étant d’éviter que quelqu’un parle à la place de la personne concernée, au nom d’un besoin que l’on aurait déjà devancé pour elle.
En se rendant au pays des Eléphants, “l’Union Nationale des Femmes Handicapées de Côte d’Ivoire” (UNAFEHCI) a porté l’initiative “Femme malgré tout”, qui met en lumière des parcours de femmes inspirantes, tout en opèrant principalement sur la déstructuration des préjugés sociaux. Ceci en agissant pour toute démarche visant à l’autonomisation, à la protection , et à la compréhension de l’intimité féminine. En parallèle, il s’agit aussi de participer à construire une opinion publique instruite et de nourrir la représentativité globale à travers les médias.
L’inclusion est un droit
Le Sénégal est à ce jour un pays moteur car depuis 2010, une loi d’orientation sociale dédiée à la promotion et à la protection des droits des personnes en situation de handicap conçoit notamment la Carte d’égalité des chances. Une solution destinée à faciliter l’accès aux soins, à l’éducation, à la formation, à l’emploi et aux transports. En continuant dans la découverte d’une jurisprudence tiède mais présente il s’avère qu’en Côte d’Ivoire, la loi n° 98-594 du 10 novembre de 1998, décrétée en faveur des personnes handicapées, constitue un repère national . Sans oublier l’article 23 du Protocole de Maputo, consacré aux droits des femmes, en s’adressant aussi au handicap. Il appelle également à leur insertion et soutien en cas de violences sexuelles , psychologiques et discriminatoires.
Art 2: Les personnes visées à l’article premier ci-dessus bénéficient des mêmes droits à l’éducation, à l’emploi, à la formation, aux loisirs que toute autre personne non handicapée. Loi 98594
Le vent du changement est en marche, mais un travail de fond mérite d’être au cœur du développement du continent africain. Une grande opération de recensement serait un atout de taille afin d’appuyer toutes les démarches en cours, sanitaires, administratives ou matérielles. Au fond, la question du handicap nous renvoie à une question plus vaste : quelle place sommes-nous prêts à accorder à celles et ceux dont les réalités diffèrent des nôtres? Face à cette négligence du système social et ces inégalités, n’abandonnons pas l’espoir qu’une prise de conscience collective puisse ouvrir des portes et révolutionner l’existant.
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