Du 6 au 10 mai 2026, le cinéma L’Arlequin à Paris a accueilli la 13ᵉ édition de la Nollywood Week, festival devenu au fil des années un rendez-vous incontournable pour découvrir les nouvelles voix du cinéma nigérian et africain. L’événement rassemble chaque année un public toujours plus curieux qui réunit des cinéphiles, et amoureux de cultures africaines. Avec un parrain de choix cette année : l’acteur et réalisateur Thomas Ngijol, venu présenter son film Indomptables.
À l’origine de ce festival : Nadira Shakur. Curatrice, productrice et cofondatrice de la Nollywood Week aux côtés de Serge Noukoué, elle œuvre depuis plus d’une décennie à faire circuler le cinéma africain à l’international. Pour ELLE Afrique, elle revient sur la naissance du festival, l’évolution du regard porté sur Nollywood et les enjeux actuels du cinéma africain.
Comment est née la Nollywood Week, et pourquoi avoir lancé ce festival à Paris ?
La Nollywood Week est née d’un constat très simple : à Paris, pourtant ville de cinéma par excellence, il était encore difficile de voir des films nigérians et plus largement des films venus du continent africain sur grand écran, dans de bonnes conditions.
Avec Serge Noukoué, nous avons lancé le festival en 2013 parce que nous sentions qu’il existait un public curieux, demandeur, mais pas encore suffisamment servi. Paris nous semblait être le lieu idéal pour créer ce pont : une ville profondément cinéphile, très internationale, avec une diaspora africaine dynamique, mais aussi un public français ouvert à de nouveaux regards. Dès le départ, l’idée n’était pas seulement de projeter des films. Il s’agissait aussi de créer un lieu de découverte et de célébration, où les films pouvaient rencontrer leur public et où les professionnels pouvaient se connecter.
Nollywood Week fête sa 13ᵉ édition cette année. Qu’est-ce qui a le plus évolué depuis le début ?
Ce qui a le plus évolué, c’est à la fois le regard du public et l’écosystème lui-même. Lorsque nous avons commencé, Nollywood était encore souvent perçu à travers des clichés ou des idées très limitées. Aujourd’hui, il y a une vraie curiosité, une reconnaissance plus forte, et surtout une envie de comprendre ces industries dans toute leur complexité.
Les films ont énormément évolué aussi. On voit des productions plus ambitieuses, des écritures plus variées, des propositions visuelles plus affirmées, mais aussi des cinéastes qui assument pleinement des identités multiples : locales, diasporiques, panafricaines et internationales. Le festival a grandi avec cette évolution. Nous avons commencé comme une fenêtre sur Nollywood, et nous sommes devenus au fil des années un lieu de rencontre entre plusieurs cinémas, plusieurs langues et plusieurs territoires.
Comment avez-vous construit la programmation de cette édition 2026 ?
Cette année, nous avons construit la programmation autour du thème « Voyager ». Pour nous, ce thème ne parle pas seulement du déplacement physique, mais aussi des voyages intérieurs, des voyages de mémoire, de transmission et de retour vers soi.
Nous avons été guidés par un proverbe yoruba qui dit : « Peu importe la distance que parcourt le ruisseau, il n’oublie jamais sa source. » Beaucoup de personnages présents dans les films de cette édition sont en mouvement : certains quittent un lieu, d’autres cherchent à comprendre d’où ils viennent, tandis que d’autres encore sont rattrapés par une mémoire familiale ou culturelle.
Nous voulions mettre en avant des œuvres qui parlent de transformation, d’identité, de liens et de racines, tout en montrant la diversité des cinémas africains contemporains à travers des comédies romantiques, des drames, des documentaires ou encore des œuvres plus expérimentales.
Pourquoi avoir choisi Thomas Ngijol comme parrain cette année ?
Thomas Ngijol s’est imposé comme une évidence pour cette édition. C’est un artiste qui a construit un parcours fort entre la scène, la télévision et le cinéma, avec une voix très singulière. Ce qui nous touche particulièrement chez lui, c’est sa capacité à créer des passerelles. Il incarne une génération d’artistes qui navigue entre plusieurs références culturelles, plusieurs héritages et plusieurs territoires. C’est exactement l’esprit de cette édition.
Nous étions très heureux de l’accueillir comme parrain, mais aussi de pouvoir partager son travail avec notre public à travers la projection d’Indomptables et une rencontre autour de son parcours.

Quel est aujourd’hui le plus grand enjeu pour le cinéma africain ?
Le plus grand enjeu aujourd’hui, à mon sens, c’est la circulation. Les films existent. Les talents existent. Les publics existent. Mais entre les trois, il manque encore trop souvent des passerelles solides. Il faut renforcer la distribution, l’accès aux salles, les ventes internationales, les modèles économiques et les connexions entre les marchés africains eux-mêmes, mais aussi entre l’Afrique et le reste du monde. Ce n’est pas seulement une question de visibilité, c’est aussi une question de structure.
Pour moi, l’enjeu est de construire des routes durables pour ces films. Pas seulement des moments d’attention, mais de vrais chemins de circulation, de revenus et de reconnaissance.
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