Au Nigeria, la Fondation Aliko Dangote annonce un programme destiné à permettre à 777 907 femmes vulnérables d’accéder au capital de la raffinerie Dangote. Une initiative qui soulève une question essentielle : et si l’autonomisation économique des femmes africaines passait aussi par leur accès à la propriété et à l’investissement ?
Des bénéficiaires aux actionnaires
Et si l’inclusion économique des femmes ne se limitait plus à leur apporter une aide financière, mais consistait aussi à leur donner les moyens de détenir une part de la richesse créée ?
C’est l’ambition affichée par la Fondation Aliko Dangote, qui a annoncé un dispositif permettant à 777 907 femmes issues de milieux vulnérables, réparties dans 15 États du Nigeria, de bénéficier d’actions de Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals.
Baptisé Women Share Subscription Grant Initiative, le programme prévoit de mobiliser 15,56 millions d’actions dans le cadre de l’introduction en Bourse de la raffinerie.
Selon les modalités annoncées, chaque bénéficiaire pourrait recevoir 20 actions, valorisées à 525 nairas chacune, soit un portefeuille initial de 10 500 nairas. Les gouvernements des États participants financeraient la moitié de cette allocation, tandis que la Fondation Aliko Dangote prendrait en charge les dix actions restantes.
L’État de Gombe est le premier à avoir effectué sa contribution financière, marquant une première étape concrète dans la mise en œuvre du dispositif.
L’autonomie économique au-delà de l’aide financière
L’originalité de cette initiative réside dans sa philosophie : permettre à des femmes souvent éloignées des marchés financiers de devenir propriétaires d’actifs économiques.
Pour de nombreuses Nigérianes, notamment celles confrontées à la précarité, au veuvage ou aux conséquences des conflits, l’accès aux investissements reste difficile. Les obstacles sont multiples : faibles revenus, manque d’éducation financière, difficultés d’accès aux services bancaires ou absence de patrimoine transmissible.
En leur ouvrant la possibilité de détenir des actions, le programme entend introduire une autre dimension de l’autonomisation : celle de la participation au capital.
Car posséder une action, même en petite quantité, signifie détenir une fraction d’une entreprise. Cela peut ouvrir la voie à une valorisation du patrimoine et, lorsque l’entreprise en distribue, à la perception de dividendes.
Ces bénéfices restent toutefois incertains. La valeur d’une action peut fluctuer, les dividendes ne sont jamais garantis et l’attribution effective des titres dépend des procédures réglementaires et boursières.
Une ambition nationale : toucher deux millions de femmes
Le programme s’inscrit dans un objectif plus large : permettre à terme à deux millions de femmes nigérianes d’accéder à l’actionnariat, dans les 36 États du pays et le Territoire de la capitale fédérale.
Quinze États se sont déjà engagés dans cette première phase, parmi lesquels Lagos, Borno, Anambra, Enugu, Niger et Yobe.
L’initiative accompagne l’introduction en Bourse de la raffinerie Dangote, l’un des investissements industriels majeurs du continent africain.
Elle s’inscrit également dans une stratégie visant à élargir l’accès aux marchés financiers, traditionnellement dominés par les investisseurs institutionnels et les détenteurs de capitaux importants.
La Fondation développe parallèlement un programme destiné aux étudiants de l’enseignement supérieur, avec une contribution prévue pour l’acquisition d’actions.


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Et si la prochaine étape de l’émancipation était la propriété ?
Au-delà du Nigeria, cette initiative ouvre une réflexion qui concerne l’ensemble du continent.
Les femmes africaines jouent un rôle central dans l’économie, notamment dans le commerce, l’agriculture et l’entrepreneuriat. Pourtant, leur participation à la détention d’actifs productifs et aux mécanismes de création de patrimoine demeure entravée par des inégalités structurelles.
Soutenir l’entrepreneuriat féminin est indispensable. Faciliter l’accès au financement l’est tout autant. Mais permettre aux femmes de posséder une part des entreprises qui structurent les économies africaines constitue une autre piste.
Encore faut-il que cette participation soit durable, transparente et accompagnée d’une véritable éducation financière.
Le nombre de bénéficiaires effectivement devenues actionnaires, les conditions de détention des titres et leur valeur à long terme permettront de mesurer la portée réelle de l’initiative Dangote.
Car l’enjeu n’est pas seulement que les femmes participent à l’économie africaine. C’est aussi qu’elles puissent détenir une part de la richesse qu’elle produit.
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