Pendant une bonne partie de ma vie, j’ai cru que les adultes savaient exactement ce qu’ils faisaient. Je pensais qu’à un moment donné, quelque part entre le premier emploi, les responsabilités et les impôts, une assurance s’installait. Que les gens avaient un vrai plan avec des étapes, des échéances, et surtout un objectif à atteindre.
Puis j’ai grandi…
Et j’ai découvert que la plupart des personnes que j’admirais; ces fameux adultes, improvisaient beaucoup plus que je ne l’imaginais. Je l’ai découvert parce que je le vis. On le vit tous. Nous vivons dans une époque fascinée par les plans : les plans de carrière, les plans financiers, les plans de vie. À 25 ans, il faudrait savoir où l’on veut être à 30. À 30, il faudrait déjà penser à 40. Et à chaque étape, quelqu’un semble toujours avoir préparé un tableau Excel pour nous expliquer comment réussir la suivante. Sans parler des réseaux sociaux, où l’illusion est encore mieux réussie. Les décisions semblent avoir été prises au bon moment et les réussites donnent l’impression d’avoir été minutieusement préparées.
Mais lorsque l’on discute réellement avec les gens, la réalité est toute autre. Le poste qu’ils occupent aujourd’hui n’était pas celui qu’ils visaient au départ. La ville dans laquelle ils vivent n’était pas celle qu’ils avaient choisie. La rencontre qui a changé leur vie n’était pas prévue. Et c’est ainsi que j’ai réévalué les choses : les moments qui m’ont aidée à grandir ne sont pas ceux que j’avais planifiés. Je n’avais pas prévu certaines rencontres. Je n’avais pas prévu certaines opportunités professionnelles. Et je n’avais certainement pas prévu que des échecs que je considérais comme des catastrophes sur le moment, deviendraient quelques années plus tard, des tournants décisifs.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir d’ambition
Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre au hasard. Mais peut-être avons-nous exagéré l’importance du plan?Peut-être que nous sous-estimons notre capacité à s’adapter, à changer d’avis, à saisir une opportunité inattendue, ou à reconnaître qu’une route différente de celle que nous avions imaginée peut parfois nous conduire beaucoup plus loin. Je pense même que certaines personnes passent tellement de temps à protéger leur plan qu’elles finissent par manquer la vie qui se présente à elles. Elles refusent un projet parce qu’il ne correspond pas à leurs prévisions. Elles repoussent une rencontre parce qu’elle n’entre pas dans leur calendrier. Elles s’accrochent à une ancienne version parce qu’elles ne saisissent même pas leur propre évolution… Comme si changer de direction était un échec, ou l’inattendu un problème à résoudre.
Avec les années, j’ai remplacé une question par une autre. Là où je me demandais avant: « Où je serai dans 5 ans? » Je me demande désormais : « Suis-je prête à reconnaître une bonne opportunité lorsqu’elle se présente ? » La nuance paraît minime, mais elle change pourtant beaucoup de choses. C’est construire son parcours chaque jour, plutôt qu’avancer tête baissée vers un pseudo objectif. Parce qu’au fond, la plupart des belles histoires que nous admirons aujourd’hui ne sont pas nées d’un plan parfaitement exécuté. Elles sont nées d’une personne suffisamment curieuse, courageuse ou libre pour accepter que la vie a parfois de meilleures idées qu’elle.
Et c’est rassurant, n’est-ce pas ? « Apprends à vivre dans le présent » ai-je récemment entendu.
Et cette phrase ne m’a pas quittée depuis.