Du 19 novembre au 19 décembre, la Biennale de l’Art africain contemporain fera de nouveau battre Dakar au rythme de la création. Cette 16e édition arrive au terme d’une année historique. Quelques jours seulement après avoir accueilli les premiers Jeux Olympiques organisés sur le continent africain, la capitale sénégalaise réunira certains des grands acteurs de l’art contemporain international.
Il faudra regarder vers Dakar à la fin de l’année 2026. Pendant un mois, des artistes, des commissaires, des collectionneurs, des galeristes, des professionnels et des amateurs d’art convergeront vers la capitale sénégalaise pour la 16e édition de la Biennale de l’Art africain contemporain, plus connue sous le nom de Dak’Art.
Organisé du 19 novembre au 19 décembre 2026 sous l’égide du ministère sénégalais de la Culture, l’événement entend une nouvelle fois mettre en lumière la création contemporaine du continent et de ses diasporas. Cette édition arrive aussi à un moment historique. Quelques jours auparavant, le 13 novembre, s’achèveront les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026. Pour la première fois de l’histoire, un événement olympique aura été organisé sur le continent africain. En l’espace de quelques semaines, la ville passera ainsi d’un grand rendez-vous mondial de la jeunesse et du sport à l’un des événements majeurs de la création contemporaine africaine. Un calendrier qui place plus que jamais Dakar au centre de la conversation culturelle internationale.
Une Biennale historique
La relation entre Dakar et les arts ne date évidemment pas d’hier. Dès 1966, sous l’impulsion du président et poète Léopold Sédar Senghor, la ville accueillait le premier Festival mondial des arts nègres, réunissant des artistes, des écrivains, des musiciens et des intellectuels venus du continent et de la diaspora.
Instituée par l’État sénégalais à la fin des années 1980, Dak’art organise une première édition consacrée à la littérature en 1990, puis à l’art contemporain en 1992, avant de se consacrer durablement à la création africaine contemporaine à partir de 1996. Plus de trente ans plus tard, la Biennale est devenue l’un des rendez-vous majeurs du calendrier artistique africain et un lieu de rencontre entre les créateurs du continent, ceux de la diaspora et le monde de l’art international.
Pour sa 16e édition, la direction artistique a été confiée à l’historien de l’art, éditeur et commissaire d’exposition franco-iranien Morad Montazami, fondateur de Zamân Books & Curating. Passé notamment par la Tate Modern à Londres, il a travaillé sur les histoires de l’art moderne et contemporain africain, arabe et asiatique ainsi que sur les récits postcoloniaux.
« (Anti)fragilité », le fil rouge de 2026
Cette année, la Biennale se construira autour d’un thème profondément très actuel, « (Anti)fragilité, arts de la réparation et stratégies du contrecoup ». Derrière cette notion se cache une interrogation. Comment transformer la fragilité en force créatrice ? La programmation doit explorer les questions de réparation, de solidarité, de cocréation et de coexistence, entre les êtres humains mais également avec le vivant.
Un vaste appel international, clôturé le 15 juin, a été lancé auprès des artistes africains et des diasporas. La peinture, la photographie, la sculpture, le design, l’architecture, l’installation, la performance, les arts numériques, la vidéo, le son ou encore le street art pourront trouver leur place au sein d’une Biennale qui revendique une conception volontairement large de la création contemporaine.
Plusieurs lieux emblématiques de Dakar doivent accueillir les manifestations, parmi lesquels l’ancien Palais de Justice au Cap Manuel, lieu central de Dak’Art, le Musée des Civilisations Noires et la Galerie nationale.
Quand toute la ville vit au rythme de l’art
Mais réduire Dak’Art à son exposition officielle serait passer à côté de ce qui fait une grande partie de son énergie. À chaque édition, le programme OFF permet à des galeries, à des collectifs, à des institutions, à des ateliers, à des restaurants et à des espaces indépendants d’organiser leurs propres expositions et événements. En 2026, les inscriptions au OFF sont ouvertes jusqu’au 13 septembre. La création quitte alors les seules institutions pour investir la ville et, au-delà de Dakar, d’autres territoires sénégalais.
Certains projets commencent déjà à se dévoiler. L’exposition Palimpseste de villes africaines, DIG Where You Stand, présentée dans le cadre du OFF à partir du 20 novembre, réunira des artistes, des photographes, des architectes, des cinéastes et des chercheurs autour des transformations des villes africaines contemporaines. Parmi les artistes annoncés figurent notamment Otobong Nkanga, Sammy Baloji et Tracey Rose.
Pendant plusieurs semaines, Dakar ne sera donc pas simplement la ville qui accueille une Biennale. L’art prendra possession de ses musées, de ses galeries, de ses espaces indépendants et de nombreux lieux du quotidien.
2026, l’année où tous les regards se tournent vers Dakar
Cette effervescence prendra cette année une ampleur nouvelle. Du 31 octobre au 13 novembre, quelques jours avant l’ouverture de Dak’Art, Dakar accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse avec Diamniadio et Saly.
Environ 2 700 jeunes athlètes venus du monde entier sont attendus pour ce rendez-vous historique. Mais les organisateurs ont voulu dépasser le cadre du sport. Le projet Dakar 2026 accorde également une place importante à la culture, à la musique, à la danse, à la mode et au street art. Des artistes ont notamment été mobilisés pour réaliser des fresques dans plusieurs villes sénégalaises, tandis que des manifestations culturelles accompagnent la préparation des Jeux. La devise choisie résume l’ambition, « L’Afrique accueille, Dakar célèbre. »
Puis, moins d’une semaine après la clôture des JOJ, Dak’Art prendra le relais.
Dakar dispose déjà d’un écosystème artistique qui dépasse la Biennale. Le Musée des Civilisations Noires, inauguré en 2018, participe aux grandes conversations autour du patrimoine africain et de sa restitution. Des initiatives indépendantes, des galeries et des résidences internationales ont également renforcé l’attractivité de la ville. Parmi elles, Black Rock Senegal, fondée en 2019 par l’artiste américano-nigérian Kehinde Wiley, accueille à Dakar des artistes venus de différents horizons pour y vivre et créer.
Dakar au cœur d’une nouvelle géographie de l’art
Paris, Londres, New York, Venise ou Bâle occupent depuis longtemps une place centrale dans le calendrier de l’art international. Mais cette géographie culturelle évolue. C’est peut-être là que réside tout l’enjeu de Dak’Art. Dakar devient elle-même un point de rencontre, de découverte, de débat et de reconnaissance.
La Biennale offre depuis des décennies un espace où les artistes du continent et de ses diasporas peuvent dialoguer sans que leur travail soit nécessairement filtré par les grandes capitales occidentales. En 2026, cette vocation prend une ampleur nouvelle.
Le sport, la mode, la musique, la jeunesse, le patrimoine et l’art contemporain vont se croiser pendant plusieurs semaines dans une ville exposée comme rarement auparavant au regard du monde.
Dakar, capitale mondiale de l’art en 2026 ? Le titre pourrait sembler audacieux. Mais entre le premier événement olympique jamais organisé en Afrique et l’une des plus importantes manifestations consacrées à l’art contemporain africain, la capitale sénégalaise dispose cette année de sérieux arguments.
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