Diaspora : comment la définir correctement ?

C’est un mot qu’on a sûrement déjà tous entendu, mais sommes-nous réellement capables de le définir ? Derrière le terme « diaspora » se cachent des réalités multiples, des parcours de vie différents et une même question qui traverse des millions de personnes : où est réellement chez soi ?

Que signifie réellement le mot « diaspora » ?

Originaire de la Côte d’Ivoire, j’ai grandi toute ma vie en France, informée quant à cette double culture inculquée par mes parents. J’ai conscience d’être française d’origine ivoirienne. Fière de ce mélange, je suis attachée à mon pays d’origine. Je ne parle pas la langue de mes parents, mais, au-delà des valeurs et de la culture qu’ils m’ont transmises, j’ai cherché de mon côté à me rapprocher de mes origines, à connaître en profondeur son histoire, à comprendre d’où je viens.

Est-ce que cela fait de moi un membre de la diaspora ?

La réponse est oui. Dans mon cas, je suis née et j’ai grandi en France, mais mes origines ivoiriennes font partie intégrante de mon identité. À travers les traditions transmises par mes parents, les voyages, les discussions familiales ou encore mon envie de mieux comprendre l’histoire de la Côte d’Ivoire, j’entretiens ce lien avec le pays de mes origines. C’est précisément ce qui fait de moi une Ivoirienne de la diaspora.

Pourtant, sa définition est bien plus riche.

Issu du grec ancien, le terme signifie littéralement « dispersion ». Il désigne la dispersion d’un peuple en dehors de son territoire d’origine. Historiquement, cette dispersion est parfois le résultat de contraintes, comme les guerres, les persécutions ou l’esclavage. Dans d’autres cas, elle résulte d’un choix personnel, motivé par les études, le travail ou la recherche de meilleures opportunités.

Mais quitter son pays ne suffit pas à appartenir à une communauté diasporique.

Ce qui caractérise ces populations dispersées, c’est aussi le lien qu’elles continuent d’entretenir avec leur pays d’origine. Une mémoire collective, des traditions, une culture, une histoire familiale ou encore un sentiment d’appartenance qui traversent les frontières et les générations.

Contrairement au terme « communauté », qui désigne un groupe de personnes partageant un lieu de vie, des intérêts ou des valeurs communes, la notion de diaspora suppose une dispersion géographique tout en conservant une identité liée à un territoire d’origine.

Les différentes formes de dispersion à travers le monde

Toutes les communautés installées hors de leur pays d’origine ne le sont pas pour les mêmes raisons.

La diaspora volontaire concerne les personnes qui choisissent de quitter leur pays afin de poursuivre des études, développer leur carrière ou saisir de nouvelles opportunités professionnelles. Ce départ est généralement motivé par un projet de vie.

À l’inverse, la diaspora forcée est le résultat d’événements subis. Guerres, conflits politiques, catastrophes naturelles ou encore traite transatlantique des esclaves ont contraint des millions de personnes à quitter leur terre natale.

L’histoire des populations africaines établies hors du continent est d’ailleurs profondément marquée par cette dernière. À partir du XVe siècle, des millions d’Africains sont déportés vers les Amériques dans le cadre de la traite négrière. Arrachés à leur terre, ils emportent malgré eux une partie de leurs langues, de leurs croyances, de leurs traditions et de leurs savoir-faire. Cet héritage continue encore aujourd’hui d’influencer les cultures du monde entier.

Il existe également une diaspora culturelle. Dans ce cas, les populations migrent mais conservent une identité culturelle forte. Cuisine, musique, langues, fêtes traditionnelles, mode de vie ou spiritualité deviennent autant de moyens de maintenir un lien avec leurs racines tout en enrichissant les sociétés dans lesquelles elles vivent.

Grandir entre deux cultures, une question d’identité

Parler des Africains vivant hors du continent, c’est aussi reconnaître qu’il n’existe pas une seule manière d’appartenir à cette réalité.

Il y a celles et ceux qui sont nés sur le continent avant de partir vivre ailleurs. Il y a ceux qui ont quitté leur pays très jeunes et ont grandi à l’étranger. Et puis il y a les enfants nés en Europe, en Amérique ou ailleurs, dont les parents ou les grands-parents sont originaires d’un pays africain. Tous partagent pourtant une même interrogation : comment concilier plusieurs appartenances ?

Peut-on être pleinement français tout en étant profondément ivoirien, sénégalais, camerounais ou congolais ?

Pour beaucoup, cette double identité ne se résume pas à un passeport. Elle se construit au quotidien, entre les repas de famille, les récits des parents, les voyages au pays, les traditions, les langues parfois parlées… ou parfois oubliées. Ne pas parler la langue de ses parents ne signifie pas nécessairement être moins légitime. De nombreux enfants de familles africaines installées à l’étranger cherchent, à leur manière, à reconstruire ce lien avec leur histoire : en lisant, en voyageant, en s’intéressant à l’histoire de leur pays d’origine ou en échangeant avec leurs proches.

L’identité ne se limite pas au lieu où l’on grandit. Elle se nourrit aussi de la mémoire que l’on porte, de la culture que l’on reçoit et de celle que l’on choisit de transmettre. Dans l’ensemble des cas, il y a une notion d’adaptation pour maximiser l’intégration au pays d’accueil. On porte un métissage.

Un pont entre plusieurs cultures

Longtemps perçues uniquement comme des populations vivant loin de leur pays d’origine, ces communautés sont aujourd’hui un véritable trait d’union entre plusieurs mondes.

À travers leurs parcours, elles participent au rayonnement de leurs pays d’origine tout en contribuant au développement de leurs pays d’accueil. Elles créent des entreprises, font circuler des idées, investissent, soutiennent leurs familles, valorisent leurs cultures et participent à faire connaître les richesses du continent africain bien au-delà de ses frontières.

Vivre entre plusieurs cultures ne signifie pas être partagé entre deux identités incompatibles. C’est apprendre à faire coexister plusieurs héritages.

Finalement, la question n’est peut-être pas de savoir si l’on est « assez africain » ou « assez français ». La véritable richesse de ces identités plurielles réside justement dans cette capacité à appartenir à plusieurs histoires à la fois, sans avoir à choisir entre l’une ou l’autre.

À lire aussi : Parentalité africaine : entre héritage, sacrifices et nouvelles façons d’éduquer

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Colombe Djiadjei

Stagiaire chargée de coordination éditoriale et digitale

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