L’aide humanitaire : vraie solidarité ou mise en scène ?

L’aide humanitaire est une intervention d’urgence qui sert à venir en aide aux populations victimes d’une crise, comme une guerre, une catastrophe naturelle, une situation de famine ou encore des conflits. Ce qui, de prime abord, sonne comme une action positive, qui vise à améliorer le quotidien de personnes nécessiteuses, se transforme en business et en démonstration pour d’autres.

Le décret du Burkina Faso

Pour stopper tout ça, le Burkina Faso a décidé de mettre en place un décret, le 2 juillet 2026, lors du Conseil des ministres, pour protéger l’image des personnes, et en particulier celle des enfants, diffusée sur les réseaux sociaux. Ces images montrent le plus souvent des enfants souffrant de malnutrition, aux corps marqués par la faim, très peu vêtus et parfois entourés d’insectes. À leurs côtés figure presque systématiquement une personne blanche, souriante, distribuant des vivres ou tenant un enfant dans ses bras. Cette mise en scène véhicule l’image d’un sauveur venant en aide à des populations présentées comme démunies.

Cette mise en scène donne l’impression d’une démonstration destinée à mettre en valeur l’action menée, en recherchant la reconnaissance et la validation du regard des autres. « Je n’agis pas parce que je veux œuvrer à mon échelle, mais je veux que l’on sache que je me suis rendue en Afrique comme un héros sur ce continent pauvre. » Il s’agit d’une façon de projeter une image positive de soi auprès des autres. Les images sont là pour émouvoir, susciter de la pitié chez les Occidentaux qui vont les voir.

Le «  poverty porn » et le « white saviorism »

Ce phénomène s’appelle le « poverty porn » : l’exposition de personnes vulnérables dans le but de générer des dons ou des clics. Des personnes dans le besoin sont montrées, mais les conditions du pays ne sont en rien expliquées. Ces petits enfants noirs doivent être aidés par l’Occident, mais on ne sait pas pourquoi. Le message que l’on peut comprendre est que l’Occident doit aider l’Afrique, voire même la sauver.

C’est un phénomène que l’on nomme le « white saviorism », le « sauveur blanc », que l’on peut définir comme une personne blanche qui vient en aide à une personne non blanche et qui s’illustre héroïquement sur les réseaux sociaux, non pas pour valoriser l’aide humanitaire, mais pour se valoriser elle-même. Je ne le fais pas pour aider, mais plutôt pour m’aider moi, dans une quête de qui je suis, pour avoir le sentiment d’être utile. Une photo en train de donner des cadeaux à des enfants émerveillés érige lesdites personnes en grands sauveurs.

Il y a aussi le fait que certains vont dans des pays pauvres pour réaliser des missions pour lesquelles ils n’ont même pas les compétences, qu’ils n’auraient jamais pu réaliser dans leur propre pays, mais se sentent capables de les accomplir ailleurs alors qu’ils n’en sont en rien qualifiés. Comme, par exemple, enseigner à des enfants. Enseigner est un métier qui n’est pas à la portée de tous.

Pourquoi le Burkina Faso a réagi

Tout cela nous renvoie au Burkina Faso, qui vit une grave crise humanitaire depuis 2019. Deux millions de personnes ont dû fuir leur foyer en raison des groupes armés présents dans certaines régions. De nombreuses ONG viennent pour venir en aide à la population, mais toutes ne sont pas forcément bien intentionnées et viennent davantage pour faire du profit que pour œuvrer réellement pour le pays.

Voilà pourquoi le gouvernement burkinabé a voulu encadrer ces actions. Il est désormais interdit de filmer ou de publier des images de personnes vulnérables à côté des dons dans un but d’attirer la pitié, ainsi que d’organiser des collectes de fonds en faveur des personnes défavorisées sans son autorisation. Que ce soit des associations ou des influenceurs, cela est, pour certains, devenu un réel marché et une manière de s’enrichir sur le dos des autres.

Cette exhibition sur les réseaux sociaux est vue comme une « atteinte à la dignité, à la vie privée et aux droits fondamentaux des personnes concernées ». Une plateforme numérique a été créée pour demander une autorisation préalable avant toute collecte de fonds.

Aider, oui, mais avec éthique

La misère fait vendre, et cela n’a rien de nouveau. Des associations faisaient déjà cela par le passé : faire pleurer pour que des personnes puissent donner de l’argent, sur fond d’images tristes et de musiques larmoyantes. Réduire l’être humain à un aspect misérable.

Il faut continuer à aider, oui, mais il faut réfléchir à la raison qui pousse à le faire, se renseigner et agir de la meilleure manière possible. Je ne suis pas à la recherche d’une aide pour moi-même, ce n’est pas une quête, mais bien une action humanitaire dans son sens le plus louable.

À lire aussi : Les réseaux sociaux et l’image du corps : entre injonctions, critiques et quête d’acceptation de soi

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